Effondrement et point de non retour

Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi je souhaite dire cela 😀 mais je ne prends pas de plaisir à ce genre de discussion bien sombre. J’aurais bien voulu que cela se passe autrement, mais maintenant que j’y suis….

 

Digression sur la catastrophe

 

Nous sommes entré brutalement dans le temps des catastrophes.

Dans l’histoire de l’humanité, l’urgence n’a jamais été aussi absolue. Sans doute nous reste-il que quelques dizaines d’années tout au plus, avant que le risque d’une déstabilisation généralisée et sans retour de nos sociétés devienne réel.

Quand un système est soumis à une contrainte très forte, il répond généralement de manière graduelle, avant d’atteindre un point de non retour où il bascule irréversiblement dans un nouvel état. Ce point de rupture est souvent difficile à cerner, mais sa simple possibilité doit suffire à modifier radicalement notre conception d’une solution au problème. C’est un sujet qu’a d’ailleurs discuté avec beaucoup de pertinence J-P Dupuy : http://developpementdurable.revues.org/1317

Nous réfléchissons dans le cadre imposé par cette société. Et la catastrophe, le moment où nous atteignons le point de rupture et où le système dérape irrémédiablement ; la catastrophe donc, n’est pas crédible.

Comment croire en effet que cette civilisation pourrait ne pas passer ce siècle ? Voici une proposition choquante, s’il en est. À cela se mêle le problème que nous ne saurons où se trouve ce point de non retour qu’une fois celui-ci atteint. Prophétiser la catastrophe est donc une aventure bien amère.

L’objectif de ce blog est d’essayer de rendre cette possibilité d’une catastrophe crédible justement, et de proposer une réflexion la plus détachée possible de nos préjugés communs. Pour cela donc que j’ai commencé par insister sur la crise alimentaire en cours. Nous tiendrons bon cette fois, mais il y aura d’autres fois, pire encore. Les premiers signes d’une catastrophe sont là, et doivent nous faire réagir sans délai. Nous avons la chance de voir la catastrophe se former sous nos yeux alors qu’il nous reste un peu de temps pour agir. Ce laps de quelques dizaines d’années est notre espoir. Et tout ce que nous ferons maintenant nous éloignera d’autant de la catastrophe.

Ici, il convient de séparer deux catastrophes. Deux ruptures non absolument différentes mais en tout cas distinctes dont possible.

Nous avons ainsi le risque de l’effondrement de notre civilisation, dans le sens de ce monde d’objet que nous avons créer et au milieu du quel nous vivons. Ce que nous considérons comme acquis, notre démocratie ou notre technologie, sont en réalité vulnérable. Pour la première fois, la continuité de l’Histoire humaine en entier pourrait être brisé.

Et nous avons le risque d’un effondrement des écosystèmes. Cette fois-ci, c’est la continuité de l’Histoire géologique qui pourrait être brisé.

Ces deux problématiques ne sont pas absolument différentes, car en réalité l’Homme fait partie de l’écosystème Terre. Notre monde d’objet nous a relativement isolé de la Nature, mais nous faisons intrinsèquement partie de ce vaste écosystème. Cette illusion de la séparation entre la Nature et l’Homme est sans doute une erreur conceptuelle majeur. Elle vient plus d’une certaine conception anthropocentrique de notre Histoire que d’une quelconque réalité. Mais puisque cette séparation est faite, je me permets de la conserver. En effet, comme le disait un journaliste tristement célèbre :

« Et si la Terre s’en sortait toute seule ? »

Et j’ajouterais :

« Et si la Terre s’en sortait toute seule, en vert et contre tous ? »

Probablement que oui, mais là n’est pas la question au fond. Nous pouvons laisser la Terre retrouvait un équilibre seule, mais ce nouvel équilibre sera nécessairement au delà d’un point de non-retour. Ce qui implique de facto des catastrophes. Nous pouvons aussi admettre que nous voulons la suicide collectif dans une frénésie post moderne qui sied si bien à notre société, et laisser la Terre s’en remettre toute seule. Si chaque être humain sauf moi le voulait sincèrement, alors je me tairais. Cependant, l’humanité semble bien en peine de prendre conscience de son destin, et peu sans doute veulent de cet avenir. Les problèmes, la plupart du temps, nous les évitons jusqu’à ce qu’ils se résolvent d’eux-mêmes – et dans la douleur qui plus est…-. Mais cette fois-ci l’enjeu est à la démesure de la catastrophe.

La question serait plutôt :

Est-ce que nous pouvons nous en sortir, nous êtres humain ?

La réponse est déjà moins évidente. La difficulté, c’est que la solution n’est pas technique mais politique. Nous devons accepter que la catastrophe se profile à l’horizon, et accepter de changer profondément notre mode de vie.

 

Biosphère au bord du gouffre

 

Un article paru dans Nature récemment, en Juin 2012, montre que sous les écosystèmes de la Terre risquent de subir une évolution irréversible au cours de siècle :

http://www.nature.com/nature/journal/v486/n7401/full/nature11018.html

http://www.sfu.ca/sfunews/stories/2012/study-predicts-imminent-irreversible-planetary-collapse.html

http://grist.org/climate-energy/were-about-to-push-the-earth-over-the-brink-new-study-finds/

Et pour ceux qui sauraient comprendre 3 minutes d’anglais :

http://www.youtube.com/watch?v=QlU5-cixpZM&feature=player_embedded

Effondrement de la biosphère

La trajectoire de la ligne verte représente une bifurcation avec hysteresis. À chaque point dans le temps, le vert clair représente la fraction des terres de la planète qui sont probablement dans les limites de la dynamique caractéristiques du passé depuis 11.000 ans. Et le vert foncé représente la fraction des terres de la planète qui ont connue un changement d’état irréversible.

Malheureusement, l’article n’est pas librement disponible. Son originalité ne réside même pas dans sa conclusion, qui est déjà connue au fond. Elle réside plutôt dans la diversité des sources, et la méthode employée, qui renforce la robustesse de cette conclusion. Soyons clair, il ne s’agit à nouveau pas d’une fin du monde. La Terre a déjà connu quelques grandes catastrophes au cours de son histoire, et la Terre s’en sortira sans doute toute seule encore une fois. Le problème, c’est que l’Histoire de l’humanité s’est essentiellement écrite au cours des derniers millénaires, dans un environnement très spécifique et stable. Nous sommes membre de cette biosphère, et que nous ne serons pas épargnés au passage si un effondrement devait avoir lieu.

Pour le climat, nous savons aussi que nous approchons de seuil d’irréversibilité. Dans 15 ans, 20 ans tout au plus, le taux de CO2 dans l’atmosphère sera de 450 parties par million. Au delà de ce seuil, les conséquences adverses pour le climat se multiplieront. Là aussi, la difficulté est que le point de non retour est mal défini. La banquise Arctique par exemple a déjà passé le point de non retour. C’est la théorie du pendu, un plongeon suivi d’un arrêt rapide et de quelques convulsions. Actuellement, c’est le plongeon. Ainsi, ce n’est pas parce que nous allons au delà de 450 ppm de CO2 que la catastrophe est certaine, mais elle sera en tout cas de plus en plus probable.

 

Notre civilisation

 

Nous pouvons aussi nous regarder, nous en particulier, et le constat n’est guère plus réjouissant. Il est bon de souligner que la stabilité actuelle de l’Occident, son illusion de liberté et de démocratie, est finalement bien fragile. Cette illusion repose sur une bulle technique gigantesque, et qui pourrait bien éclater.

J-F Mouhot montre par exemple dans un livre que l’abolition de l’esclavage n’est au fond permise que par la révolution industrielle :

http://www.champ-vallon.com/Pages/Pages%20Environnement/Mouhot.html

L’Histoire nous rappelle incessamment que dans les périodes plus difficiles, des régimes autoritaires s’installent plus aisément.

En parallèle, notre société est très peu résiliente. Sans les grandes surfaces de proximité pour aller chercher sa pitance, les moyens de communications moderne pour créer un tissu social, nous sommes bien démuni. Notre vulnérabilité est au moins aussi critique que le risque qui menace. Et il reste très peu d’aînés, ceux qui ont vécu l’époque des tickets de rationnements, des stridentes sirènes  déchirant le silence de la nuit, et de tant d’autre choses.

Les facteurs qui concourent à déstabiliser cette société sont multiples.

La destruction très rapide de l’environnement génère déjà d’importantes pressions. Notre habitat, notre agriculture, est sensible à l’évolution du climat et des écosystèmes. Il s’agit cependant du même argument que précédemment, mais en tant que facteur externe.

Intrinsèquement, notre économie n’est pas tellement en meilleur état. Le principe fondamentale de cette dernière est la dette, l’argent-dette. Tout le modèle repose sur l’argent, sa circulation de plus en rapide, sur l’augmentation incessante de la masse monétaire. Et dans ce modèle, chacun a le droit et surtout le devoir de surconsommer pour continuer la surproduction de surproduits.

La production de biens et de services ne sert alors plus qu’à rembourser les dettes de l’instant précédent, et à justifier de nouvelles dettes encore plus gigantesques. Et encore, les biens sont durables par rapport aux services, alors nous devons recourir à l’obsolescence programmé pour que ne s’arrête jamais ce mouvement.

Ainsi, l’économie ne continue à tourner que si nous exploitons toujours plus les ressources de la Terre pour produire toujours plus ; et pouvoir continuer à donner de la valeur à de l’argent sans cesse créé. La croissance exponentielle de notre consommation ne peut alors que se heurter à la finitude de ce monde. Ainsi, la production de pétrole n’augmente pratiquement plus :

Production mondiale de pétrole

Production mondiale de pétrole en millions de barils par jour. Notons l’effet du deuxième choc pétrolier en 1980. Notons surtout le ralentissement de la hausse de la production en ce début de siècle. L’impossibilité d’extraire toujours plus de pétrole n’est pas étrangère à la survenue de la crise économique, particulièrement violente et persistante.
Source : http://www.eia.gov/countries/data.cfm#undefined

Le pic de pétrole n’est qu’un première étape. Nous pouvons rêver de revenir au charbon. Outre la destruction minutieuse de l’environnement que cela provoquerait ; il y aura de toute façon un pic du charbon durant ce siècle. Et un pic du gaz. Et un pic de l’or. Et…

L’idée de croissance est donc caduc. Il ne peut plus y avoir de croissance. Le présupposé fondamental qu’une croissance est indéfiniment possible dans un monde fini est inexact. Hors, sur ce présupposé repose en grande partie la construction de notre société. ..

Voilà, je vous laisse pas tout-à-fait comme vous étiez venu, et j’espère un peu plus curieux de vous et de ce monde.

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How Mother Nature manages the thermodynamic

Pour reprendre sur le sujet évoqué précédemment, concernant la circulation atmosphérique fortement perturbé de l’Hémisphère Nord, je vous propose ici un développement un plus important. Cette hypothèse est à même de faire réagir, puisqu’elle implique également au passage que les hivers froids puissent être temporairement plus fréquent aux latitudes moyennes. V’là pas que nous allons affirmer que le chaud cause du froid…

Cette analyse porte également un intérêt plus théorique sur la manière de concevoir le réchauffement et son impact sur nos sociétés. Les « latitudes moyennes » correspondent à la localisation des grands centres de populations de l’hémisphère. Les conséquentes de ces perturbations influencent donc la perception que nous avons du réchauffement.

De plus, il est quelque peu question ces derniers temps, de la perte de la banquise Arctique. En effet, tous les records tombent, et montrant que la banquise n’a jamais atteint aussi faible extension depuis 1500 ans au moins :

 

L'aire de la Banquise

L’aire de la banquise au sens de l’Université de l’Illinois. Notons que 2012 a dors et déjà battu le record de 2011 et 2007, alors que la saison de fonte n’est pas fini.
Source : http://arctic.atmos.uiuc.edu/cryosphere/

 

Extension de la banquise, au sens du NSIDC. Remarquons là aussi que le record de 2007 est dors et déjà battu, et que la fonte n’est pas fini.
Source : http://nsidc.org/arcticseaicenews/

 

Pour la banquise en elle même, sa disparition est bien plus rapide que prévue. En effet, le seuil de l’Arctique « libre », défini par une extension de la banquise inférieure à un million de kilomètre carré, devrait être atteint entre 2020 et 2030, possiblement plus tôt même. C’est-à-dire dans 10 ans. Les modèles ne prévoyaient pas cela avant 2100. C’est intéressant, car cela montre que l’effondrement d’un système physique est difficilement anticipable.

L’Arctique est ainsi une région particulièrement sensible. La banquise est entré dans une « spirale de la mort »,  une boucle de rétroaction positive de laquelle la banquise ne peut plus s’extraire et qui la conduit a sa perte. Chaque année affaiblit un peu plus la banquise, ce qui l’a rendu plus vulnérable l’année suivante, et ainsi jusqu’à sa disparition complète.

De plus,  il existe un phénomène dit « amplification arctique ». Le réchauffement climatique est plus rapide pour le bassin Arctique que pour les Tropiques. En effet, la banquise a un rôle essentiel dans le système climatique. De par son albédo très élevé, elle réfléchit la lumière solaire et empêche l’énergie de pénétrer l’Océan Arctique. Ainsi, le bassin Arctique reste en permanence froid. Si la banquise se met à fondre, plus d’énergie pourra pénétrer le bassin, et cela amplifie localement le réchauffement.

 

Classiquement, dans le climat tel qu’il a toujours existé au XXème siècle, le contraste de température entre le Pôle Nord, froid ; et l’équateur, chaud ; provoque la formation d’un tube de vent fort, le courant-jet. Il s’agit d’une zone dans la haute atmosphère, où l’air se déplace entre 100 et 300 kilomètres par heure. Ce courant-jet a ainsi un rôle essentiel dans le système climatique :

Vent moyen à 500 hPa

Cette carte issue de la réanalyse NCEP/NCAR présente le vecteur vent moyen à 500 hPa (environ 5500 mètres d’altitude). On note une ceinture de vent fort au dessus des latitudes moyennes.
Source : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml

Z500 moyen

Cette carte issue de la réanalyse NCEP/NCAR présente la hauteur du géopotentiel 500 hPa, c’est-à-dire la hauteur à laquelle se trouve le niveau de pression 500 hPa (pour mémoire en surface c’est de l’ordre de 1000 hPa). Elle permet de rendre plus visuel les phénomènes en jeu.
Source : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml

 

Le courant-jet sépare l’air Arctique froid, de l’air chaud tropical, et garantit aux latitudes moyennes un climat plutôt modéré. Le courant-jet n’a jamais été figé, et a toujours varié naturellement, sur différentes échelles de temps. Cependant, avec le réchauffement climatique, son évolution sort du cadre de la variabilité naturelle et commence à avoir un impact sensible sur la circulation atmosphérique de l’Hémisphère Nord. À cause du phénomène d »amplification arctique, la réduction du gradient de température entre le Nord et le Sud affaibli le courant-jet. Celui-ci se déporte plus vers le Nord, mais aussi méandre et ralentit.

Cette perturbation du courant-jet est responsable de la plus grandes fréquences des blocages ces dernières années. Cela peut causer alors des périodes hivernales froides, comme en Décembre 2010, ou Février 2012. Notons cependant qu’il s’agit d’une redistribution de l’énergie dans l’espace, et qui peut se faire même dans un contexte de réchauffement climatique. Le froid descendu aux latitudes moyennes n’a jamais été compensé par les bouffées chaudes en direction du Pôle Nord, et en moyenne cela reste donc anormalement chaud pour le globe.

Les cartes des mois cités sont présentés ci-dessous. Pour mesurer l’ampleur du déséquilibre entre les flux d’air chaud et d’air froid, notons qu’en Décembre 2010, des records d’Été ont été battu pour l’archipel Canadien.

2010 Dec Z500

Hauteur du géopotentiel 500 hPa en Décembre 2010.

 

Fev 2012 Z500

La même, mais pour Février 2012.

 

Nous remarquons bien la tendance à avoir une circulation qui méandre plus. Pour l’atmosphère, face à un déséquilibre énergétique important, c’est un moyen de redistribuer l’énergie et de stabiliser relativement la situation. Cependant, le déséquilibre énergétique risquant de continuer à s’amplifier, cette stabilité (toute relative par rapport au climat du XXème siècle d’ailleurs…) risque de ne pas durer non plus.

Pour ceux qui sauraient supporter un peu d’anglais :

http://neven1.typepad.com/blog/2012/08/wasislac.html

http://www.wunderground.com/blog/JeffMasters/comment.html?entrynum=2010

http://classic.wunderground.com/blog/JeffMasters/comment.html?entrynum=2065

http://thinkprogress.org/climate/2012/08/22/727501/arctic-death-spiral-how-it-favors-extreme-prolonged-weather-events-such-as-drought-flooding-cold-spells-and-heat-waves/

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=4spEuh8vswE#!

 

Et donc, cette année ?  Et bien, comme dit la banquise a fondu comme jamais auparavant, et l’Océan Arctique a de nouveau fortement accumulé de l’énergie :

 

Anomalies des SSTs arctique

L’Océan Arctique, avec des anomalies largement supérieur à 5°C (parfois 8 à 10°C côté canadien). C’est cela, l’amplification arctique…
Source : http://ocean.dmi.dk/arctic/satellite/index.uk.php

 

SSTs de l'Arctique

Température de l’Océan Arctique. Cela monte jusqu’à 12° ou 14°C du côté canadien…

 

Le même effet d’une circulation qui ralentit et méandre se retrouve alors en ce mois de Juin :

https://apocalypsecatharsistique.wordpress.com/2012/08/01/le-siecle-de-la-faim/

 

Cela a valu un été de tous les extrêmes aux États-Unis : http://thinkprogress.org/climate/2012/08/27/746441/scenes-from-an-extreme-summer-weve-never-seen-anything-like-this-before/

avec une sécheresse extrême qui se poursuit :

 

Drought Index US

L’ampleur de la sécheresse aux États-Unis. Le cœur agricole du pays est particulièrement touché.
Source : http://droughtmonitor.unl.edu/

 

alors que l’Europe de l’Ouest prenait une rincée.

 

La fonte de la banquise arctique est donc un problème qui impacte directement et sans concession notre vie quotidienne. Il ne s’agit pas seulement d’un effet lointain et sans intérêt…
Pour l’anecdote, au début de l’Automne météorologique, l’atmosphère continue à réagir fortement. Une anomalie de température très marquée se maintient au dessus de l’Arctique :

NAEFS T850 anomalies

Les anomalies de températures à 850 hPa (environ 1500 mètres d’altitudes). La dominance d’une bulle chaude au dessus de l’Arctique est la suite logique des phénomènes évoqués précédemment.

Ces énormes anomalies positives signent bien les effets de la perte de la banquise et de l’accumulation d’énergie dans le bassin Arctique. Cela affaiblit le courant-jet, qui méandre plus, et c’est la circulation atmosphérique de l’HN qui devient folle :

 

GFS Jet Stream

Le courant-jet à 12 000 mètres d’altitude environ.

Il apparaît a une tentative de séparer le courant jet en deux branches, une branche Arctique, autour de 80° de latitude Nord (pour un début Septembre, c’est aberrant point de vue climatique) et une branche plus méridionale qui se cherche. Il apparaît donc clairement une tentative de faire remonter la zone subtropicale loin vers le Nord, ce qui annonce, au moins pour le mois de Septembre, un temps plutôt estivale en Europe de l’Ouest. Cela montre bien cependant à quel point le climat est en train de « déraillé » au sens propre du terme.

Une poursuite du temps estival en Septembre, n’est sans doute pas pour être déplaisant, et cela n’aura sans doute aucun impact concret sur notre vie quotidienne (si ce n’est la prolongation des soirées barbecues…). Cependant, c’est le climat qui est progressivement en train de changer, et cela peut rapidement prendre une tournure catastrophique comme aux États-Unis cet été.

Ce qui est également inquiétant est l’année 2013. Entre l’Arctique qui est moribond, l’El Nino, certes faible mais qui se met en place, -et qui est réputé pour secouer le climat…-, et la reprise de l’activité solaire, cela risque de continuer. Outre l’impact direct comme la surmortalité enregistrée lors d’une vague de chaleur ; de nouvelles difficultés climatiques pourraient frapper un grand pays producteur de l’HN. Et un peu plus de gens dans le monde serait réduit à la sous nutrition. Les prix des matières premières agricoles atteignant déjà des niveaux insoutenables pour les pays les plus pauvres…

L’inquiétude est d’ailleurs toujours présente de voir certains pays déstabilisés par la hausse des prix de l’alimentation :

http://www.aljazeera.com/indepth/features/2012/08/20128218556871733.html

Voilà, je vous laisse pas tout-à-fait comme vous étiez venu, et j’espère un peu plus curieux de vous et de ce monde.

De l’interdépendance

J’ai sans doute un peu de mal à commencer ce blog. Enfin, je trouve.  Le ton que j’ai adopté sur les deux premiers articles ne me convient pas, ce n’est pas celui que j’aurais voulu donner en tous cas.  Je crois que me cherche autant que je cherche. Pour autant, voici un article tiré du blog du blog d’Olivier Berruyer :  http://www.les-crises.fr/

http://www.les-crises.fr/l-espoir/

L’article vaut la peine d’être lu.

Pour ce même blog, j’avais aussi écris une brève réflexion à partir de la pensée d’Illich et d’Arendt :

http://www.les-crises.fr/perspectives-illich/

 

Ici, à propos de l’interpédance, je voudrais partir de deux petites discussions et d’une petite anecdote que j’ai vécu les semaines précédentes.

Pour le premier échange, c’était avec quelqu’un qui me disait qu’il rechargeait son téléphone portable sur la prise 12V de sa voiture.  Cela lui évitait de le recharger chez lui, et donc diminuer sa facture d’électricité. J’ai tenté de lui expliquer que l’électricité de la voiture était produit par l’alternateur, et donc le moteur. Et donc qu’in fine, ce qu’il ne payait pas sur la facture d’électricité, il le payait à la pompe. Malgré tout, il ne semblait pas convaincu, que cela entrainé une surconsommation très faible, que c’était négligeable. Je n’ai pas cherché à insister.

Pour le deuxième échange, c’était à propos des prix de l’essence. Cela est parti d’une information sur le gouvernement, convaincu qu’il est qu’il peut maîtriser la facture à la pompe. Comme à chaque fois dans ce genre de discussion, je m’évertue à dire que le pic pétrolier est passé, que c’est la fin de l’essence pas cher, et que suppression des taxes ou pas suppression des taxes, on va finir par payer 2 euros le litre, avant de le payer le double puis le triple. Une personne commence alors à me demander pourquoi est-ce que nous n’utilisons pas des biocarburants, ce à quoi je réponds – bien évidemment 😀 – que cela signifie purement et simplement faire mourir de faim les pays les plus pauvres.

Et pour la petite anecdote, durant un voyage en train, la dame à mes côtés lisait un truc sur l’écologie dans un magazine de la semaine. Et à un kiosque d’une gare j’ai alors acheté le dit magazine de la semaine. L’article tournait autour des poncifs habituels, disant que nous pouvions toutes améliorer le sort de la planète sans trop perturber notre façon de vivre. Par là dessus, nous avons l’image de la famille moderne, avec papa, maman, le fils, la fille, et rangé dans le bon ordre ; subtilement opposé aux industriels.

 

N’étant pas ici pour raconter ma vie, je voudrais en fait venir à une généralité.

 

Commençons par un peu de physique. La thermodynamique a deux grands principes fondamentaux, inviolables et inamovibles. Le premier dit que l’énergie se conserve. Et le deuxième dit que l’univers tend vers le bazar maximum (notons que pour celui-ci, il y a une version plus polie qui dit que l’entropie d’un système augmente, mais cela revient au même).

De cela découle quelques conclusions finalement assez simple. La chaleur est une forme d’énergie désordonné, le travail une forme d’énergie ordonné. Et la production d’un travail à partir d’une source de chaleur ne peut donc qu’avoir un rendement très mauvais. Et cela ne tient pas à un défaut de solution technique, simplement on force le passage d’un état désordonné à un état ordonné. On va donc contre le deuxième principe. Un moteur, quoique nous fassions, aura un mauvais rendement. De même, un « vecteur » d’énergie n’est pas la même chose qu’une source d’énergie. Les agrocarburants, l’hydrogène, le pétrole, sont des vecteurs d’énergie.

Et il n’existe tout simplement pas de source.

Ce sont simplement des transformations successives de l’énergie. Les agrocarburants ou le pétrole sont une transformation de l’énergie solaire via la photosynthèse, qui elle même n’est qu’une grande réaction de fusion nucléaire, qui elle même…
Ce qui est sans doute assez difficile à comprendre alors est le fait qu’il n’existe donc pas au final de réel solution technique. L’énergie n’est pas spontané, et toute dépense se paye à un moment ou à un autre.

 

D’autre part, l’être humain est doué d’une certaine « intelligence ». L’évolution cherche a adapté l’espèce à un environnement relativement fixe ; alors que l’intelligence cherche à adapter l’environnement pour les besoins d’une espèce relativement stable. En cela, même une fourmilière est intelligente. Notre spécificité en tant qu’espèce intelligente réside dans la taille de nos constructions. L’être humain s’est ainsi bâti un monde très complexe qui a profondément modifié sa relation à l’environnement. Ces systèmes artificiels ont toujours existé, mais sont progressivement devenu tentaculaire. Et nous nous perdons dans le dédale de leurs ramifications sans toujours comprendre quelque chose. Ivan Illich parlait ainsi de contre-productivité. Arrivés à un seuil critique, les systèmes finissent par être contre-productif.

Ainsi, l’idéal technocrate reste fort, l’idée que nous pourrions nous en sortir par les évolutions techniques, « sans trop perturber notre façon de vivre ». Pour autant, si la technique sert l’Homme, c’est pour mieux l’asservir.  Chaque progrès génère de plus grandes difficultés, et nous devenons dépendant de nouvelles solutions techniques pour les résoudre. Nous sommes pris dans un emballement qui semble ne plus pouvoir s’arrêter que très brutalement. Nous n’arrivons pas à réfléchir en dehors du cadre imposé par cette société. D’où par exemple le sempiternel « la croissance » à chaque fois qu’un homme « politique » s’exprime. Non qu’il veuille sciemment dissimuler que tout fout le camp, mais juste qu’il n’arrive pas à penser en dehors de ce cadre. Et d’où cette volonté désespérée de trouver une solution technique à un problème qui n’admet pas ce type de solution. Nous sommes esclaves de notre propre monde d’objets.

De même, nous expulsons le sentiment de culpabilité que génère la prise de conscience que nous faisons tous parti de cette même déchéance en rejetant la faute sur d’autres. C’est la faute des industriels (Total qui s’en met plein les fouilles est un des dernier sujets à la mode), au gouvernement,… Cela est d’autant plus facile que les systèmes sont devenus si démesurées que notre impact en tant qu’individu est complétement noyé dans la masse en apparence.

Et cela est tellement bien emballé que nous arrivons à penser que les agrocarburants puissent remplacer l’essence, ou que recharger le téléphone portable sur la voiture est préférable. Cependant, cela est pour le moins trompeur. Il n’existe aucun échappatoire dans un emballement technique.

 

Nous devons réfléchir à notre société, à nous en tant qu’individu,  à notre relation à ce monde et aux autres.

Pour un quignon de pain

Un aphorisme célèbre dit que notre liberté s’arrête là où commence celle des autres. Un autre aphorisme encore à inventer pourrait dire que la liberté de l’autre s’arrête là où commence notre nécessité. En clair, plutôt mettre un pain (au sens figuré) dans la figure du voisin pour avoir son morceau de pain (au sens propre cette fois-ci) ; plutôt que de lui laisser la liberté de déguster son quignon. Entendons-nous, la question ici n’est pas du tout une grande réflexion douteuse sur notre liberté. Ou de savoir si c’est bien ou pas bien de vouloir survivre en tapant dans le tas pour. Elle est ici plus précisément de savoir comment nous avons pu en arriver là…

 

Histoire d’un désastre vu par les bisounours

 

Reprenons donc. La « clairvoyance » tardive des grandes institutions de ce monde en ce qui concerne la situation des ressources agricoles global n’est pas pour rassurer. Cela planne de moins en moins tout de même, que l’on se rassure, en tout cas moins qu’à la mi-Juillet, mais il persiste malgré tout un certain décalage entre les annonces officielles et le terrain.

La FAO a mis à jour ses données pour Juillet, et sans surprise, l’indice des prix remonte ce mois-ci. Il s’agit ici de l’indice corrigé de l’inflation, donc plus représentatif pour la bourse de monsieur tout le monde. Un troisième « choc alimentaire » est déjà en cours alors que le dernier n’est pas encore réellement fini.

Indice des prix de l'alimentation de la FAO

http://www.fao.org/worldfoodsituation/wfs-home/foodpricesindex/fr/

L’indice des prix pour les céréales est encore plus spectaculaire et revient au même niveau qu’en 2010 et 2011. Pour mémoire, les céréales sont tout de même la base de l’alimentation pour une large majorité de la population mondiale.

Prix des céréales

Les prix des céréales en mode « y a le feu dans la baraque… »

Les prévisions sont toujours aussi inquiétantes. Les stocks mondiaux baissent ainsi en proportion de la baisse de la production :

http://www.bloomberg.com/news/2012-08-08/global-food-reserves-falling-as-drought-wilts-crops-commodities.html

Heureusement qu’ils sont encore là, même si ce n’est sans doute plus pour très longtemps. Cela fait depuis quelques années qu’ils sont là pour éponger les à-coup de la production, mais un stock, c’est rarement éternel par définition.

Pour la production justement, l’Inde rejoint désormais officiellement le club des pays agricoles mal parti pour cette saison. La mousson est en effet déficitaire pour le sous-continent, affectant la production de riz. Dans un pays où la croissance de la population et de son niveau de vie nécessite de plus en plus de ressources, la production domestique devrait stagner au niveau de 2011.

http://www.un.org/apps/news/story.asp?NewsID=42630&Cr=+rice+&Cr1=

Cela risque de compliquer singulièrement la stabilité sociale du pays.

Aux États-Unis, le département de l’agriculteur devrait annoncer une nouvelle estimation de la production nationale demain Vendredi 10 Août. Après avoir réduit assez parcimonieusement jusqu’à présent les chiffres, il va bien falloir se résoudre à sortir le sabre de cavalerie pour tailler dans les chiffres. Ou attendre que la réalité de la moisson s’exprime d’elle même. La situation agricole du pays est de toute façon simplement catastrophique. Les analystes d’ailleurs s’attendent à des chiffres revus sévèrement à la baisse :

http://blogs.wsj.com/marketbeat/2012/08/07/usda-seen-cutting-corn-output-forecast-15-on-drought/

mais vu la situation réelle, une coupe de 15% semble encore bien optimiste. L’USDA n’ira sans doute pas jusque là (c’est l’effet Bisounours), mais taillader de 20% serait déjà plus pertinent. Pour ceux qui veulent spéculer sur les matières premières, il est encore temps…. (l’effet Bisounours a une propriété intéressante qui dit que la probabilité d’être ramené violement à la réalité croit exponentiellement avec la volonté de rejoindre le club très tendance des petits nounours en peluche).

Une lueur d’espoir tout de même. Si les exportations russes vont prendre du (gros) plomb dans l’aile, aucune mesure de suspension des dites exportations, comme en 2010, n’est envisagé :

http://www.businessweek.com/news/2012-08-09/russia-keeps-grain-crop-forecast-export-ban-avoided

 

Apologie de la nécessité

 

En dehors de ces considérations un peu ennuyeuse sur les chiffres de la production mondiale, les prix de l’alimentation vont sans doute encore avoir des grandes conséquences. Il est notable que si l’amorce de la hausse des prix est on ne peut plus réel avec une moisson en dessous de tout ; la spéculation et l’industrie des agrocarburants sont des amplificateurs importants des récentes crises alimentaires. Aux USA particulièrement, la production de l’éthanol à partir de maïs est largement soutenu par le gouvernement fédéral, et le secteur agricole demande que cela cesse :

http://www.guardian.co.uk/world/2012/jul/30/farmers-obama-administration-ethanol-drought

Il y a une forme de démence totalement invraisemblable là dedans.

Pour produire du carburant, nous sommes prêt à crever de faim.

C’est aussi simple que cela. Et pourtant, peu de gens le disent aussi explicitement. Nous recherchons à toute force une solution technique dans un modèle complétement dépassé, pour continuer à faire exister nos « moyens de transport » qui n’ont plus de moyen que le nom. Plutôt que de remettre en cause notre rapport à la technologie, à notre modèle de développement, nous préférons rester dans l’illusion qu’une solution technique est possible, que nous n’avons pas à changer nos modes de vie. Ainsi, les carburants verts sont possibles. Quitte à rester aveugle devant ce qui s’annonce une nouvelle crise alimentaire majeur.

D’ailleurs, en parlant de crise alimentaire :

http://blogs.worldwatch.org/nourishingtheplanet/rising-food-prices-and-social-unrest/

Le NESCI par exemple a publié une étude mettant en évidence le lien entre prix de l’alimentation et émergence de troubles sociaux dans les pays du monde :

Graphique des émeutes de la faim

À l’évidence, quand on crève de faim, on est plus enclin à se révolter…

Le Printemps Arabe a ainsi été motivé pour partie par les prix de l’alimentation. Il est évident qu’il a été bien plus qu’une simple succession d’émeutes de la faim. Mais le choc des prix de 2008 puis de 2010 ont contribué à ces événements :

http://necsi.edu/research/social/food_crises.pdf

http://www.economist.com/node/21550328

Les régions du Moyen-Orient et de l’Afrique du Nord importent une grande part de leur consommation, et sont ainsi très sensible au prix des marchés. L’Égypte par exemple, en tant que pays est un des plus gros importateur de céréales. Le Printemps Arabe n’est donc sans doute pas fini (et pourrait devenir le Printemps le plus long de l’Histoire… )

Pour donner dans le chauvinisme, remarquons aussi que la Révolution française a fait suite à des mauvaises récoltes, et que le bon peuple apparemment ne voulait pas manger de la brioche.

En Indonésie, comme dit précédemment, cela commence à bastonner, et la liste risque de s’allonger (comme un jour sans pain.)

http://www.wired.com/wiredscience/2012/07/drought-food-prices-unrest/

La pression des prix de l’alimentation commence à se faire sentir pour les pays les plus vulnérables à partir des niveaux atteints lors des chocs de 2008 et 2010. Le bref répit de début 2012 ne changera donc pas grand’chose à l’affaire, et nous sommes sans doute parti pour un troisième tour.

http://www.accuracy.org/release/the-coming-food-crisis-and-global-unrest/

Cependant, nous ne parlons ici que de pays lointain. Pour rassurer, aux USA, un chiffre, le même est souvent ressorti. L’alimentation, c’est 15% du budget de la famille états-unienne moyenne. Et sans doute un peu près la même chose en Europe de l’Ouest. Cela relativise en effet un peu. Cependant, la famille moyenne n’existe pas vraiment dans la réalité. Les plus pauvres à coup sûr sentiront passer cette nouvelle hausse, quelque soit leur nationalité. Et réduire la question au problème des matières premières agricoles est par trop « réducteur » justement. L’énergie est dans la même état d’épuisement que l’agriculture, et les prix vont continuer à augmenter. Et comme le dirait un économiste, l’économie mondiale a vraiment besoin d’une pause maintenu. Mais non, les problèmes s’accumulent. Comme souvent, ce n’est pas un poids qui fera rompre le système, mais l’accumulation des charges :

http://www.guardian.co.uk/environment/2012/jul/22/food-price-crisis-weather-crops

En attendant, au rythme où vont les choses, la question n’est donc plus de savoir si les pays moins exposés (comme ceux de l’Europe de l’Ouest…) finiront par y passer aussi.  Sans doute pas pour cette fois-ci, mais bientôt sans doute.

La question est donc juste « Quand ? ».

Et encore.

Au fond, la véritable question d’intérêt est de savoir si nous serons capable de réagir avant de s’étriper ?

Pour un quignon de pain. Ou pour une poignée de riz.

Voilà, je vous laisse un peu plus curieux de ce monde j’espère. Je pensais mettre à jour plus régulièrement, tant il y aurait à dire en dehors de la question des prix de l’alimentaire, mais il faut croire que j’ai été optimiste sur les possibilités de mon emploi du temps. Je vais essayer la prochaine fois de démontrer que même quand il fait froid, c’est parce qu’il fait chaud (tout un programme en persepective… mais qui a des applications très pratique comme une soupe réussi pour rester dans l’alimentaire 😀 ).

Le XXI siècle sera le siècle de la faim.

Pour bien faire, il faut bien commencer. Et donc pour débuter ce blog, autant se mettre dans une ambiance complétement glauque dès le premier pavé.

La faim donc… Ou bien la fin ? Qui sait… Bon, disons la famine. Il est évident que son spectre décharné ne plane pas encore tout à fait au dessus des pays occidentaux. Mais contrairement à ce que l’on pourrait penser, la situation est très loin de celle de l’abondance et certains produits comme la viande risquent de devenir un véritable luxe. Le constat de la situation agricole en cet été boréal est bien sombre. Les grandes régions agricoles de ce monde plient les unes après les autres face aux conditions climatiques adverses. Et la déroute de la production agricole provoque déjà des difficultés dans certains pays. Et pressurise encore un peu plus une économie mondiale déjà exsangue. Comme si la situation n’était pas déjà assez tendue ainsi…

 

 

Les événements météorologiques

D’un point de vue climatique, le bilan est vite dressé. Le réchauffement global dopent les événements extrêmes, et la sécheresse touche à des degrés divers les États-Unis et l’Europe.

De manière pratique, l’impact du réchauffement se fait de toutes les manières possible.

D’une part, il perturbe la circulation atmosphérique de l’Hémisphère Nord. Depuis quelques années, les scientifiques présentent qu’avec le réchauffement, le ralentissement du courant-jet amène une circulation atmosphérique ralentit et qui méandre : http://french.wunderground.com/blog/JeffMasters/article.html?entrynum=2003

http://www.climatecentral.org/news/arctic-warming-is-altering-weather-patterns-study-shows/

http://e360.yale.edu/feature/linking_weird_weather_to_rapid_warming_of_the_arctic/2501/

En clair et visuellement, la situation atmosphérique du mois de Juin ressemble à ceci :

Z500 Juin 2012

Des réanalyses du NCEP NCAR : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml
Hauteur du géopotentiel Z500, niveau de pression constant de 500 hPa, en mètres, pour Juin 2012. Les crêtes barométriques sont en traits plein, les creux barométriques en traits discontinus

Les crêtes barométriques sont représentées en trait plein, et les creux barométriques en traits discontinus. Classiquement, le temps est frais et pluvieux en association avec un creux barométrique ; et le temps est chaud et sec en association avec une crête barométrique. Il est de suite clair pourquoi est-ce que l’impression d’un début d’été pourri a dominé dans le Nord Ouest de l’Europe… De même pour la sécheresse aux États-Unis, qui sont resté sous la dominance d’une crête barométrique durant le mois.

Là où les choses deviennent intéressante, la normale climatique pour un mois de Juin calculée sur la période 1981 à 2010 (et donc largement empreinte du réchauffement déjà ….) ressemble à ceci :

Normale de la hauteur du Z500, Juin

Normale de la hauteur du Z500, niveau de pression constant 500 hPa, en mètres, au mois de Juin.

Il y a quand même une petite différence quelque part… Et cette différence correspond tout à fait aux conséquences attendus du réchauffement. L’effet « méandres » est évident.

Méandres de l'Amazone

‘y a pas à dire, que ce soit l’eau ou l’air, dès que cela ralentit, cela devient le bazar…

D’autre part, le réchauffement… réchauffe les masses d’airs. Pour un même niveau de précipitations, des températures plus élevées renforcent l’évapotranspiration et accentue la sécheresse.

Pour l’Australie, la situation météorologique est un peu différente. L’Hémisphère Sud est moins affecté par le réchauffement. L’un des facteurs qui a participé à l’asséchement du Sud-Est australien en 2012 est le développement d’un événement El Niño dans le Pacifique.

 

 

Les conséquences économiques

Le résultat sur les cultures est à l’échelle de la démesure de ces événements. La Russie est moins sévèrement touchée qu’en 2010, mais ses capacités d’exportations seront quasiment nulles. Les dernières prévisions donnent une production de 70 à 80 millions de tonnes de grains, à peine au dessus du volume nécessaire au marché intérieur de 70 millions de tonnes http://www.thefinancialexpress-bd.com/more.php?news_id=138927&date=2012-08-03

Le reste de l’Europe ne s’en sort pas nécessairement mieux. Pour l’Europe du Sud, les récoltes risquent de perdre 5 millions de tonnes par rapport à 2011 : http://www.bloomberg.com/news/2012-07-31/eu-s-corn-outlook-reduced-by-offre-demande-on-heat-wave.html

Seul les pays du côté de la France et de l’Allemagne s’en sortent mieux. Si l’été mi-figue mi-raisin au nord de la Loire et au delà n’a pas été du goût de tout le monde, il a au moins sauvé l’agriculture local.

Aux États-Unis, les estimations sérieuses manquent, la plupart semblant sous estimer généreusement la gravité de la situation. Environ 25% des récoltes seront sans doute perdues. http://www.earth-policy.org/press_room/C69/teleconference_us_corn_harvest_likely_to_drop_25_percent

Ceci n’est plus un champ de maïs. Et cela n’a aucun rapport avec une blague belge impliquant un peintre et sa pipe…

En Australie, l’Hiver austral n’est pas fini, mais les prévisions sont déjà sombre, avec des pertes de possiblement 40% : http://www.bloomberg.com/news/2012-07-30/west-australia-s-grain-harvest-seen-dropping-40-on-weather-3-.html

À l’échelle du globe, le cumul de ces mauvaises récoltes en série pèse sensiblement. La production mondiale de grains devrait baisser de 5%, au moins, par rapport à 2011. Alors que la population continue de croitre…

Les imapcts tangibles sont déjà présent. L’Indonésie connait ainsi des tensions importantes suite à l’inflation des prix de l’alimentation : http://www.csmonitor.com/World/Backchannels/2012/0727/US-drought-already-rippling-out-into-the-world

Les États-Unis, l’Oklahoma en l’occurrence, rationne l’eau potable alors que des coupures commencent à se manifester : http://newsok.com/city-makes-water-rationing-mandatory-to-ease-usage/article/3697472

Si ce n’est la conséquence de la sévère atteinte du secteur agricole national, il s’agit de tout évidence d’une conséquence tangible de la sécheresse.

Le commerce mondial est sous pression, et s’effondre à nouveau. Le facteur prépondérant de cette dégringolade actuellement est le ralentissement des importations de matières premières par la Chine. Le Baltic  Exchange Dry Index, construit à partir des coûts du commerce maritime mondiale, montre que le dit commerce va (très) mal. En effet, ce n’est pas un surplus de l’offre de cargos qui pousse les prix vers le bas, mais une demande mondiale liée au commerce en baisse. http://www.activistpost.com/2012/07/bad-economic-signs-2012.html

Indice de l'activité commerciale maritime

Le Baltic Dry Index est un indicateur du commerce maritime mondial. Actuellement, sa baisse est générée par une baisse des besoins de transports, et n’est donc pas bon signe pour l’économie mondiale.

Avec un zoom sur les années récentes pour y voir plus clair…

Malgré tout, la baisse des exportations agricoles commencent à se faire sentir, et devrait envoyer l’indice par le fond à l’Automne :

http://www.bloomberg.com/news/2012-07-30/grain-cargoes-seen-slowing-most-in-19-years-on-drought-freight.html

De très mal, on passerais à des plus bas depuis aux moins quelques décennies. Le BDI est généralement considéré comme un indicateur fiable, précurseur à  6/12 mois des tendances de l’économie mondiale. La tendance actuelle serait donc celle d’un nouveau ralentissement de l’économie mondiale dans les tous prochains mois, amplifié par la très forte perturbation du marché des matières premières agricoles. Heureusement que nos gouvernements ont allumés myriades de cierges à l’autel de la croissance. Il est sûr que cela devrait suffire à faire repartir l’économie…

Et l’inflation galopante générait par une inadéquation totale entre l’offre et la demande devrait pousser les prix au delà des sommets de 2008 et 2010 :

http://necsi.edu/research/social/foodprices/updatejuly2012/food_prices_july_2012.pdf

Notons que dès la première phrase, le NECSI ne donne pas dans l’ouvrage de dentelle : « Recent droughts in the midwestern United States threaten to cause global catastrophe driven by a speculator amplified food price bubble. ». Pour les anglophobes, cela dit à peu près que la récente sécheresse dans le Midwest états-unien menace de provoquer une catastrophe global conduit par une bulle des prix de l’alimentaire amplifiée par la spéculation. Le NECSI souligne un point important, qui est le rôle des « biocarburants » ou plus exactement agrocarburants. La production agricole est en effet utilisé pour partie dans la synthèse de carburants, ce qui représente autant de perdu pour l’alimentation humaine. Il est ainsi important de souligner que le maïs est essentiellement utilisé pour la synthèse de carburants, et l’alimentation du bétail. Aux USA, la sécheresse de 2011 avait déjà fortement impacté les élevages et poussé les prix de la viande à s’envoler. Cela ne risque pas de s’arrêter en 2012… La première hausse des prix en 2008 avait été portée essentiellement par la spéculation, et les conséquences de l’utilisation des biocarburants. La seconde hausse, en 2010, avait été provoquée par la sécheresse russe, mais amplifié par les mêmes facteurs. En 2012, la chute de la production agricole devrait se suffire à elle-même pour pousser à la hausse les prix, mais à nouveau la spéculation et les biocarburants seront un facteur d’amplification. En effet, dans le même temps, le NECSI met en évidence que la situation actuelle est particulière par l’ampleur de la régression de la production mondiale. Il y a donc deux causes concourant à cette inflation. Hugues Stoeckel le rappelait d’ailleurs dans son ouvrage La faim du monde. Le gaspillage est partout présent. Conjugué à la pertes des terres arables, la question de la famine se fait donc bien réel. Dans l’immédiat, la FAO note d’ailleurs qu’une tension sur les prix est déjà perceptible en Juin suite à la situation agricole aux USA :

http://www.fao.org/worldfoodsituation/wfs-home/foodpricesindex/en/

Ce qui est aussi notable actuellement est l’optimisme béat ambiant maintenu à toute force contre l’évidence de la réalité, brutalement douché il est vrai ces derniers temps. En un mois environ, la certitude que la production agricole augmentera encore un peu plus en 2012 à été remplacé par une fébrile inquiétude. Attendons encore un mois, et quand chacun aura pris conscience de l’ampleur des pertes nous pourrons finalement avoir des prévisions réalistes et qui évitent le poncif du tout va bien même si tout va mal. Dans ce contexte, le Conseil International des Céréales semble un peu plus réaliste cependant :

Histogramme des productions et prévisions de production pour les années récentes

On note qu’en un mois, les prévisions se sont un tantinet vautré…

Bref, la situation qui, comme chacun le perçoit bien, est déjà mauvaise, n’ira sans doute que de mal en pis dans les mois à venir.

 

 

Mais encore ?

Au delà du constat et de l’analyse des mécanismes sous-jacents, par contre, personne ne pipe mot. Ce qui est intéressant est en effet ce qui ne se dit pas…

Faisons un peu de logique. N’importe quel scientifique un peu sérieux vous dira que le réchauffement climatique amplifie les extrêmes de pluviométries et de températures, dont ceux de 2012. N’importe quel agronome un peu sérieux vous dira que les conditions climatiques actuelles dévastent les cultures des principaux pays agricoles. N’importe quel économiste un peu sérieux vous dira que l’état de la production agricole mondiale menace d’amplifier une crise économique déjà sérieuse. Et n’importe quel premier venu comprend bien que ces assertions précédentes n’ont rien de fumeuses et sont tout à fait cohérentes. Donc, nous pourrions conclure que, peut être de loin, peut être indirectement, mais de manière certaine, le réchauffement climatique participe maintenant à la ruine de notre économie.

Curieusement, une conclusion qui n’est pas vraiment atteinte dans les médias.

À l’échelle individuelle, cela se comprend. Ce sont des événements distants les uns des autres, et voir le lien entre le réchauffement et la crise économique n’est pas facile. Non d’un point de vue conceptuel, le court paragraphe ci-dessus le montre bien. Mais bien du point de vue de la longueur de la chaîne des conséquences, où les facteurs causaux viennent de tous les horizons, s’entremêlent et se diluent les uns les autres. La fragilité de l’économique est à la hauteur de sa complexe inter-connectivité avec un peu près tout. Ce qui fera la catastrophe, comme bien souvent, n’est pas un choc singulier de grande magnitude, mais une succession d’événements et de défaillances qui mènent à la rupture.

La conséquence exacte du réchauffement, en terme de coût, de sous perdus dans l’histoire, ne sera donc sans doute jamais connue. Nous pourrons chiffrer les pertes du secteur agricole suite à la sécheresse ; mais nous ne connaitrons probablement pas le coût incluant toutes les conséquences indirectes. D’autant que ce coût inclut la déstabilisation d’état plutôt stable jusqu’à présent, des émeutes, et autres événements incommensurables. Encore que, puisque la théorie économique actuelle nous dit que tout est marchandable, il doit bien exister un cours officiel du litre de sang humain en dollars. Toujours est-il que nous pouvons dire avec certitude que le coût réel du réchauffement climatique dépassera de très loin le seul chiffre des pertes sur le secteur agricole.

Cependant, cette chaîne n’est pas encore complète. Que cause le réchauffement ? Ce sont les émissions massives de gaz à effets de serre, depuis deux siècles. Un vieux principe dit « Pollueur, payeur ! ». En l’occurrence, le coût non chiffré de toutes les conséquences des événements climatiques de cette année seront discrètement ventilé entre tous les consommateurs à travers la hausse du prix des matières premières. Non de manière intentionnelle bien sûr, mais parce que ce coût bien réel de l’utilisation des énergies fossiles, n’est justement pas considéré en tant que tel. Demain, personne ne payera son litre de carburant quelques centimes plus cher pour assumer financièrement toutes les conséquences de l’utilisation de ce litre de carburant.

En français, cela s’appelle en fait une subvention. Les 30% de plus que l’Indonésien dépensera en soja, ce sera autant d’argent que ne nous dépenserons pas à la pompe à essence. Soyons ici clair. Non que la pompe à essence soit la mère de tous les maux, ou que l’Indonésien ne pollue pas au contraire de l’Européen. Mais pour l’exemple, nous voyons ainsi qu’il s’agit effectivement d’une subvention. Bien que nous ayons tous chargé l’atmosphère, pour ainsi dire personne ne payera à hauteur de sa contribution. Et ceux qui payeront plus que ce qu’ils ont pollués subventionnent nécessairement ceux qui ont pollué plus qu’ils ne payeront.

La difficulté – les raisons qui font que nous avons du mal à percevoir cette évidence que nous sommes subventionnés par des anonymes à travers le monde pour maintenir notre train de vie – vient de notre perception des risques.

Quand un de nos ancêtres se trouvait face à un tigre à dent de sabre au détour d’un arbre, il n’avait pas trente-six solutions. Se battre ou fuir. Et les issues étaient aussi nombreuses. Bouffer ou se faire bouffer. Là encore, point d’ouvrage de dentelle, et l’analyse du risque était vite menée.

Tigre à dent de sabre

Rencontre inamical en vue…

Dans un monde globalisé, la portée de nos actions dépasse en quelque sorte notre capacité à analyser cette portée. Entre le remplissage de notre réservoir et la flambée des prix de l’alimentaire, le lien est là encore extrêmement ténu, et chacun de nous n’est qu’un contributeur parmi des milliards d’autre contributeurs. De plus, c’est notre propre contribution qui se retourne contre nous. En général, nous préférons rejeter la faute sur les autres (mais si, souvenez-vous… une vielle histoire d’assiette cassé et de petit frère/petite sœur…). Pour autant, le lien existe et implique chacun de nous.

Ce qui est extrêmement dommageable est le silence pesant des médias à ce sujet. Les médias ont théoriquement la capacité à mettre en relation les informations, à proposer une vision de ce monde qui fasse sens, à suppléer à cette limitation individuelle qui fait que nous ne connaissons pas tout, ne ressentons pas tout, ne vivons pas tout. Mais là, c’est un brassage du vide que nous mettent en scène les médias (physiquement, c’est un concept intéressant n’empêche, le brassage du vide). La stratégie actuelle des médias est d’ailleurs un vibrant reflet de la psychologie humaine. Face à une information qui nous dérange, nous compartimentalisons. Nous séparons les informations dans des domaines étanches, sans les faire se rencontrer. La sécheresse, c’est les agriculteurs qui vont l’avoir mauvaise, éventuellement si on pense à lui, le petit somalien au fin fond de sa savane qui crèvera (doivent être immortel n’empêche, depuis le temps qu’ils tiennent, les somaliens…) un peu plus de faim. Aucun rapport avec la crise économique. Et la crise économique, c’est juste un réajustement normal et périodique, et bientôt tout ira pour le mieux (dans le meilleur des mondes). Rien à voir avec le réchauffement.

Il est notable que le Dust Bowl des années 30 aux USA est considéré comme partie de la Grande Dépression. Un lien entre événement météorologique et impact économique majeur a déjà été tracé. Ici ce lien n’arrive pas encore à être tracé. Peut être qu’il est nécessaire d’attendre un peu que la conscience collective se saisisse de ce fait. Malheureusement, le temps nous manque de plus en plus.

Enfin, pour terminer sur une note d’espoir, notons que la situation météorologique a des chances d’être encore joyeusement catastrophique l’année prochaine. L’avènement d’un événement El Niño dans le Pacifique, un maximum de l’activité solaire, un réchauffement qui se poursuit, et une banquise Arctique au bord du collapse, risque de ne pas faire bon ménage et provoquer à nouveau quelques déraillements mémorables de la météorologie…

Dans le même temps, la situation économique est parti pour se détériorer inexorablement. L’Union Européenne en essayant de maintenir dans l’Euro des pays qui ne peuvent plus y rester, repousse l’inéluctable, et amplifie le choc de cet inéluctable. La Chine, malgré moult contorsions intelectuo-statistiques pour prouver que l’économie national tient le coup, est au bord de la récession. Et les USA ne sont pas dans un état tellement plus glorieux. Dans ce cas, ce sont quelques déraillements de l’économie qui sont en vue.

Finalement, nous pourrions presque venir à espérer la fin du monde le 21 décembre 2012….

Voilà, je vous laisse pas tout-à-fait comme vous étiez venu, et j’espère un peu plus curieux de vous et de ce monde.