Effondrement et point de non retour

Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi je souhaite dire cela😀 mais je ne prends pas de plaisir à ce genre de discussion bien sombre. J’aurais bien voulu que cela se passe autrement, mais maintenant que j’y suis….

 

Digression sur la catastrophe

 

Nous sommes entré brutalement dans le temps des catastrophes.

Dans l’histoire de l’humanité, l’urgence n’a jamais été aussi absolue. Sans doute nous reste-il que quelques dizaines d’années tout au plus, avant que le risque d’une déstabilisation généralisée et sans retour de nos sociétés devienne réel.

Quand un système est soumis à une contrainte très forte, il répond généralement de manière graduelle, avant d’atteindre un point de non retour où il bascule irréversiblement dans un nouvel état. Ce point de rupture est souvent difficile à cerner, mais sa simple possibilité doit suffire à modifier radicalement notre conception d’une solution au problème. C’est un sujet qu’a d’ailleurs discuté avec beaucoup de pertinence J-P Dupuy : http://developpementdurable.revues.org/1317

Nous réfléchissons dans le cadre imposé par cette société. Et la catastrophe, le moment où nous atteignons le point de rupture et où le système dérape irrémédiablement ; la catastrophe donc, n’est pas crédible.

Comment croire en effet que cette civilisation pourrait ne pas passer ce siècle ? Voici une proposition choquante, s’il en est. À cela se mêle le problème que nous ne saurons où se trouve ce point de non retour qu’une fois celui-ci atteint. Prophétiser la catastrophe est donc une aventure bien amère.

L’objectif de ce blog est d’essayer de rendre cette possibilité d’une catastrophe crédible justement, et de proposer une réflexion la plus détachée possible de nos préjugés communs. Pour cela donc que j’ai commencé par insister sur la crise alimentaire en cours. Nous tiendrons bon cette fois, mais il y aura d’autres fois, pire encore. Les premiers signes d’une catastrophe sont là, et doivent nous faire réagir sans délai. Nous avons la chance de voir la catastrophe se former sous nos yeux alors qu’il nous reste un peu de temps pour agir. Ce laps de quelques dizaines d’années est notre espoir. Et tout ce que nous ferons maintenant nous éloignera d’autant de la catastrophe.

Ici, il convient de séparer deux catastrophes. Deux ruptures non absolument différentes mais en tout cas distinctes dont possible.

Nous avons ainsi le risque de l’effondrement de notre civilisation, dans le sens de ce monde d’objet que nous avons créer et au milieu du quel nous vivons. Ce que nous considérons comme acquis, notre démocratie ou notre technologie, sont en réalité vulnérable. Pour la première fois, la continuité de l’Histoire humaine en entier pourrait être brisé.

Et nous avons le risque d’un effondrement des écosystèmes. Cette fois-ci, c’est la continuité de l’Histoire géologique qui pourrait être brisé.

Ces deux problématiques ne sont pas absolument différentes, car en réalité l’Homme fait partie de l’écosystème Terre. Notre monde d’objet nous a relativement isolé de la Nature, mais nous faisons intrinsèquement partie de ce vaste écosystème. Cette illusion de la séparation entre la Nature et l’Homme est sans doute une erreur conceptuelle majeur. Elle vient plus d’une certaine conception anthropocentrique de notre Histoire que d’une quelconque réalité. Mais puisque cette séparation est faite, je me permets de la conserver. En effet, comme le disait un journaliste tristement célèbre :

« Et si la Terre s’en sortait toute seule ? »

Et j’ajouterais :

« Et si la Terre s’en sortait toute seule, en vert et contre tous ? »

Probablement que oui, mais là n’est pas la question au fond. Nous pouvons laisser la Terre retrouvait un équilibre seule, mais ce nouvel équilibre sera nécessairement au delà d’un point de non-retour. Ce qui implique de facto des catastrophes. Nous pouvons aussi admettre que nous voulons la suicide collectif dans une frénésie post moderne qui sied si bien à notre société, et laisser la Terre s’en remettre toute seule. Si chaque être humain sauf moi le voulait sincèrement, alors je me tairais. Cependant, l’humanité semble bien en peine de prendre conscience de son destin, et peu sans doute veulent de cet avenir. Les problèmes, la plupart du temps, nous les évitons jusqu’à ce qu’ils se résolvent d’eux-mêmes – et dans la douleur qui plus est…-. Mais cette fois-ci l’enjeu est à la démesure de la catastrophe.

La question serait plutôt :

Est-ce que nous pouvons nous en sortir, nous êtres humain ?

La réponse est déjà moins évidente. La difficulté, c’est que la solution n’est pas technique mais politique. Nous devons accepter que la catastrophe se profile à l’horizon, et accepter de changer profondément notre mode de vie.

 

Biosphère au bord du gouffre

 

Un article paru dans Nature récemment, en Juin 2012, montre que sous les écosystèmes de la Terre risquent de subir une évolution irréversible au cours de siècle :

http://www.nature.com/nature/journal/v486/n7401/full/nature11018.html

http://www.sfu.ca/sfunews/stories/2012/study-predicts-imminent-irreversible-planetary-collapse.html

http://grist.org/climate-energy/were-about-to-push-the-earth-over-the-brink-new-study-finds/

Et pour ceux qui sauraient comprendre 3 minutes d’anglais :

http://www.youtube.com/watch?v=QlU5-cixpZM&feature=player_embedded

Effondrement de la biosphère

La trajectoire de la ligne verte représente une bifurcation avec hysteresis. À chaque point dans le temps, le vert clair représente la fraction des terres de la planète qui sont probablement dans les limites de la dynamique caractéristiques du passé depuis 11.000 ans. Et le vert foncé représente la fraction des terres de la planète qui ont connue un changement d’état irréversible.

Malheureusement, l’article n’est pas librement disponible. Son originalité ne réside même pas dans sa conclusion, qui est déjà connue au fond. Elle réside plutôt dans la diversité des sources, et la méthode employée, qui renforce la robustesse de cette conclusion. Soyons clair, il ne s’agit à nouveau pas d’une fin du monde. La Terre a déjà connu quelques grandes catastrophes au cours de son histoire, et la Terre s’en sortira sans doute toute seule encore une fois. Le problème, c’est que l’Histoire de l’humanité s’est essentiellement écrite au cours des derniers millénaires, dans un environnement très spécifique et stable. Nous sommes membre de cette biosphère, et que nous ne serons pas épargnés au passage si un effondrement devait avoir lieu.

Pour le climat, nous savons aussi que nous approchons de seuil d’irréversibilité. Dans 15 ans, 20 ans tout au plus, le taux de CO2 dans l’atmosphère sera de 450 parties par million. Au delà de ce seuil, les conséquences adverses pour le climat se multiplieront. Là aussi, la difficulté est que le point de non retour est mal défini. La banquise Arctique par exemple a déjà passé le point de non retour. C’est la théorie du pendu, un plongeon suivi d’un arrêt rapide et de quelques convulsions. Actuellement, c’est le plongeon. Ainsi, ce n’est pas parce que nous allons au delà de 450 ppm de CO2 que la catastrophe est certaine, mais elle sera en tout cas de plus en plus probable.

 

Notre civilisation

 

Nous pouvons aussi nous regarder, nous en particulier, et le constat n’est guère plus réjouissant. Il est bon de souligner que la stabilité actuelle de l’Occident, son illusion de liberté et de démocratie, est finalement bien fragile. Cette illusion repose sur une bulle technique gigantesque, et qui pourrait bien éclater.

J-F Mouhot montre par exemple dans un livre que l’abolition de l’esclavage n’est au fond permise que par la révolution industrielle :

http://www.champ-vallon.com/Pages/Pages%20Environnement/Mouhot.html

L’Histoire nous rappelle incessamment que dans les périodes plus difficiles, des régimes autoritaires s’installent plus aisément.

En parallèle, notre société est très peu résiliente. Sans les grandes surfaces de proximité pour aller chercher sa pitance, les moyens de communications moderne pour créer un tissu social, nous sommes bien démuni. Notre vulnérabilité est au moins aussi critique que le risque qui menace. Et il reste très peu d’aînés, ceux qui ont vécu l’époque des tickets de rationnements, des stridentes sirènes  déchirant le silence de la nuit, et de tant d’autre choses.

Les facteurs qui concourent à déstabiliser cette société sont multiples.

La destruction très rapide de l’environnement génère déjà d’importantes pressions. Notre habitat, notre agriculture, est sensible à l’évolution du climat et des écosystèmes. Il s’agit cependant du même argument que précédemment, mais en tant que facteur externe.

Intrinsèquement, notre économie n’est pas tellement en meilleur état. Le principe fondamentale de cette dernière est la dette, l’argent-dette. Tout le modèle repose sur l’argent, sa circulation de plus en rapide, sur l’augmentation incessante de la masse monétaire. Et dans ce modèle, chacun a le droit et surtout le devoir de surconsommer pour continuer la surproduction de surproduits.

La production de biens et de services ne sert alors plus qu’à rembourser les dettes de l’instant précédent, et à justifier de nouvelles dettes encore plus gigantesques. Et encore, les biens sont durables par rapport aux services, alors nous devons recourir à l’obsolescence programmé pour que ne s’arrête jamais ce mouvement.

Ainsi, l’économie ne continue à tourner que si nous exploitons toujours plus les ressources de la Terre pour produire toujours plus ; et pouvoir continuer à donner de la valeur à de l’argent sans cesse créé. La croissance exponentielle de notre consommation ne peut alors que se heurter à la finitude de ce monde. Ainsi, la production de pétrole n’augmente pratiquement plus :

Production mondiale de pétrole

Production mondiale de pétrole en millions de barils par jour. Notons l’effet du deuxième choc pétrolier en 1980. Notons surtout le ralentissement de la hausse de la production en ce début de siècle. L’impossibilité d’extraire toujours plus de pétrole n’est pas étrangère à la survenue de la crise économique, particulièrement violente et persistante.
Source : http://www.eia.gov/countries/data.cfm#undefined

Le pic de pétrole n’est qu’un première étape. Nous pouvons rêver de revenir au charbon. Outre la destruction minutieuse de l’environnement que cela provoquerait ; il y aura de toute façon un pic du charbon durant ce siècle. Et un pic du gaz. Et un pic de l’or. Et…

L’idée de croissance est donc caduc. Il ne peut plus y avoir de croissance. Le présupposé fondamental qu’une croissance est indéfiniment possible dans un monde fini est inexact. Hors, sur ce présupposé repose en grande partie la construction de notre société. ..

Voilà, je vous laisse pas tout-à-fait comme vous étiez venu, et j’espère un peu plus curieux de vous et de ce monde.

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