La crise écologique n’est pas un problème

Introduction

Sujet méconnu, et pourtant fondamental, la question de la monnaie a d’importantes implications, alors je vais tenter de vous en parler un peu.

Une courte entrevue avec Étienne Chouard :

L’argent dette, M. Chouard

Au sujet de l’argent dette.

Du troc à l’endettement, en passant par la monnaie

Partons d’un constat simple. La monnaie n’existe pas dans la nature. Nous pouvons trouver plein de choses dans la nature, des cailloux, des chèvres, un peu d’or à l’occasion, mais pas de monnaie. Ainsi, si nous ne voulons pas poursuivre le troc, à un moment où à un autre, il est nécessaire que quelqu’un crée de la monnaie. Faire tourner la planche à billet n’est donc pas en soi un mal.  Ce sont plutôt les modalités de la chose qui sont discutables, surtout dans le modèle économique actuel. Qui tient la planche à billet ? Et comment ?

Commençons pas constater que, aujourd’hui, la majorité de la monnaie est scripturale, c’est-à-dire écrite sur un compte bancaire. Nos espèces sonnantes et trébuchantes ne représentent que 10% environ de la masse monétaire. La monnaie est essentiellement un jeu d’écriture comptable, d’où son nom de scripturale.

Lorsque nous déposons de l’argent à la banque, nous perdons la propriété physique de cet argent. La banque reconnait alors qu’elle nous doit une certaine somme que nous pouvons exiger de récupérer à tout instant. Ainsi, il s’agit d’une reconnaissance de dette de la banque vis-à-vis de nous.

Maintenant, nous avons un besoin d’argent. Pour cela, nous allons voir la banque, et lui demander un crédit. La banque crée alors de l’argent, à partir de rien, ou presque. La banque ne nous « prête » pas de l’argent – qu’elle n’a même pas -, elle inscrit simplement sur le compte un « 1 » suivi de plus ou de mois de zéro, en échange de la promesse que nous lui faisons de rembourser un jour (ou pas…). C’est une reconnaissance de dette, où nous devrons rembourser le principal plus l’intérêt. Par exemple j’emprunte 1 000 euros à 10%, je devrais rembourser 1 100 euros. C’est-à-dire les 1 000 euros du principal et les 100 euros d’intérêt. Nous devons donc rembourser plus que ce que nous avons emprunté. Et cet argent est aussi une dette de la banque, qui reconnait que nous pouvons disposer de la somme d’argent créée à tout instant. Ainsi, la monnaie est une dette des banques qui circule en permanence.

Chacun se refile de l’argent dette qui n’existe pas, avec les intérêts qui à chaque étape provoque une hausse de la masse monétaire. Et tout le monde est adossé les uns aux autres et passe son temps à se refiler des reconnaissances de dettes en s’échangeant de l’argent.

Voici la réponse à la question de la création monétaire. Ce sont les banques qui font tourner la planche à billet. Nous faisons circuler du crédit, qui n’est pas de la monnaie mais bien du crédit. D’où l’expression d’argent-dette. Avec une déconnexion totale de la réalité. Personnellement, chacun son opinion mais j’aurais tendance de qualifier de folie furieuse cette volonté de nous faire passer le crédit pour de la monnaie.

Dans la réalité, les choses sont un peu plus complexes. Il n’y a pas une seule banque. Lorsque des gens s’échangent de l’argent, leur banques respectives doivent s’échanger la même somme. Pourtant, puisque les banques SONT la monnaie, elles n’ont pas de compte en banque. Il se forme en fait un deuxième circuit, relativement étanche, de monnaie centrale. Pour se payer, les banques s’échangent des actifs, comme des obligations (grecque, portugaise, espagnole,… il y a le choix :p ), des titres de créances (au hasard, des titres de crédits subprimes …).

Intervient alors le Trésor Public et la Banque Centrale. La Banque Centrale régule le marché interbancaire, et possède ainsi un puissant monopole monétaire. Elle crée et détruit de la monnaie centrale en échange d’actifs des banques, et facilite la circulation de la monnaie entre les banques. Cette monnaie centrale est enfermée dans un circuit, et nous ne la voyons jamais. La différence est cependant plus conceptuelle qu’autre chose. Elle est physiquement différente de la monnaie qui circule sur nos comptes bancaires, mais cela reste de la monnaie. Pour éviter une surchauffe complète, il y a une obligation légale pour les banques de posséder un peu de monnaie centrale avant de faire crédit. Cependant, c’est vraiment un peu, de l’ordre de un de monnaie centrale pour cent de crédit.

Un autre acteur majeur intervient, le Trésor Public. Pour plaire aux banques, le Trésor Public ne fait pas de création monétaire. Il s’endette en émettant des obligations, qui sont alors achetées par les banques et servent d’actif financiers. Lesquels actifs financiers seront utilisés auprès de la banque centrale pour créer de la monnaie centrale. Notons ainsi la formidable et inutile complexité du système. Si la création monétaire n’a en soi rien de choquant (ou alors, revenons au troc… J’échange une chèvre contre trois sacs de blé si vous voulez :p ), il est par contre intéressant de prendre conscience que ce sont les banques qui possèdent le pouvoir. Ce sont elles qui créent la monnaie, et qui poussent les États à l’endettement. Au passage, le déficit public est donc une fatalité dans notre système économique complètement foireux.

Ainsi, la finance dirige ce monde, au mépris du corps social. Et ce que nous appelons démocratie n’en a plus que le nom.

Crise financière et économique

Cependant, en faisant preuve d’un très grand relativisme, nous pouvons encore voir là plus un débat d’idées et admettre que ce n’est pas tant que cela un problème. C’est négligé le fait que la finance est en fait un schéma de Ponzi géant, où nous passons notre temps à nous refiler des créances de plus en plus douteuses. Chacun se refile de l’argent dette qui n’existe pas, avec les intérêts qui à chaque étape provoque une inflation de la masse monétaire. Et tout le monde est adossé les uns aux autres et passe son temps à se refiler des reconnaissances de dettes en accordant des crédits. Et quand là dedans quelqu’un fait défaut, c’est l’effet domino assuré. De plus, le crédit est passif. En français, c’est peut être cucul ^^ mais sans demande, pas de crédit. Les banques ne peuvent pas créer de la monnaie sans qu’il n’existe une demande. Or, en permanence, il y a nécessité de créer de la monnaie pour rembourser les dettes de l’instant d’avant. Donc, à la fin, les banques s’arrangent pour faire emprunter des gens qui n’ont pas les moyens, en essayant de se convaincre très fort que cela passera. Ce n’est pas passé…

Les banques ont commencés à accumuler des actifs toxiques, c’est-à-dire des actifs qui ne sont plus liquides. Dis plus simplement, ils ne valent plus rien. Les banques commencent alors à se méfier les unes des autres, chaque banque craignant de voir son bilan plombé par des actifs douteux. Le marché interbancaire s’est alors paralysé. La Banque Centrale doit ainsi intervenir de plus en plus régulièrement pour soutenir le marché interbancaire et permettre une circulation des liquidités, avec des mesures qui laissent parfois rêveur… Nous avons sans doute entendu que les États ont fait tourner la plancher à billet. Dans la plupart des cas, cela n’est pas tout à fait exact. La Banque Centrale tente plutôt de rétablir le marché interbancaire en l’inondant de liquidités. Cela étant parfaitement inutile, puisque l’économie réelle est toujours dans un sale état (le crédit est passif, donc croire que les gens emprunteront plus en gavant les banques de liquidités est quelque peu stupide, si ce n’est d’une crétinerie profonde), et les Banques Centrales des pays ont un bilan financier qui commence à ressembler à n’importe quoi. De plus, les marchés sont littéralement drogués et pédalent alors sur des éléphants roses, au milieu des petits nuages et de chevaux ailés. Les marchés actions sont très largement surévalués, car les liquidités sont alors investies. De même pour les marchés des matières premières, agricoles notamment. Outre le fait que les fondamentaux sont joyeusement désastreux (à ce sujet, les chiffres de la production mondiale sont récemment sorties, et ils ont comme attendu pulvériser les planchers, je vous en reparlerais), la spéculation financière n’arrange vraiment rien. En plus, les indicateurs économiques sont bidouillés pour continuer à essayer de se convaincre que tout va pour le mieux, la réélection à venir d’un certain président n’arrangeant rien puisqu’il faut faire croire au bon peuple que l’économie du dit pays est dans une forme éblouissante.

Pour la Grèce, cela a d’ailleurs tourné à la farce grotesque. L’État a fait défaut, ce qui a coulé ses banques. L’UE est alors intervenue pour prêter à la Grèce, et qu’elle puisse ainsi renflouer ses banques. Au final, les banques s’en sortent à l’aise, et l’État grec est toujours aussi endetté. Du coup, nous lui imposons une austérité en insultant au passage le peuple grec, ce qui provoque l’effondrement de son économie, réduit les recettes de l’État et empire son déficit. Il vaut mieux en rire qu’en pleurer… (On peut quand même se demander qui renflouera l’Occident quand ces pays feront défaut à leur tour ? Les martiens accepteront peut être tiens, faudrait leur demander.)

Au passage, notons que l’Allemagne a bien profité du système, ce qui explique qu’elle s’en sorte bien. Avec l’Euro, elle a en effet pu transférer au cours des années 2000 ses dettes vers le Sud de l’Europe grâce à sa meilleure compétitivité, sans redistribution des richesses (vive l’Europe des technocrates, et son union financière sur le dos des peuples…). C’est sûr que faire couler la Grèce ou l’Espagne pour arriver à surnager, ce n’est pas une mauvaise politique, vu depuis Berlin.

La zone euro n’est pas une mauvaise chose en soi, mais de la manière dont elle construite, son éclatement est quasi inéluctable, et ce ne sera pas plus mal.

Énergie, mon amour

Et là intervient l’énergie abondante. Tant que nous avons eu l’énergie pas chère, il était possible de s’endetter toujours plus sans se rendre compte de rien. C’est ce qui a permis l’avènement de notre société moderne, l’abolition de l’esclavage (lire à ce sujet Des Esclaves énergétiques), la construction de nos démocraties bourgeoises qui n’ont pratiquement rien en commun avec la démocratie grecque – si ce n’est le nom -,…  La cause véritable de la crise n’est ainsi pas les subprimes, mais l’épuisement de notre capacité à produire, notamment du pétrole. Il se forme en fait une bulle financière gigantesque, une croissance exponentielle de la masse monétaire en circulation. Pour tenir la bulle, il faut donc une croissance tout aussi exponentielle de notre production. Ce bas monde étant fini, la nécessité imposée d’une production exponentielle est quelque peu stupide, pour ne pas dire d’une crétinerie profonde. Ce système a tenu tant que nous étions capables de produire toujours plus. Cependant, nous venons d’atteindre le pic pétrolier, ce qui a grippé l’économie réel et a amorcé l’éclatement de la bulle financière. Malheureusement, plutôt que mettre à bas ce système, nous fuyons en avant, en continuant à nous imaginer que tout est indéfiniment possible et qu’un jour la croissance reviendra.

À nouveau, c’est plus un manque d’initiative qu’autre chose. Ce n’est pas parce que tout le monde brûle de l’encens à l’autel de la croissance en invoquant de plus en plus fiévreusement son nom que tout le monde est dupe. Cependant, pas grand monde n’arrive à imaginer un autre système qui soit viable, et personne n’a le courage de rentrer dans le tas. Au point où nous en sommes de toute façon, l’éclatement de la bulle financière est inéluctable et la note va être très, très salée. À nous acharner dans le même modèle ne fera cependant qu’empirer la violence de la chute.

La question du pic pétrolier est cruciale, car nous venons de le passer. Il est donc inutile de se poser des questions, c’est la fin du pétrole quasiment gratuit. Là encore cependant, malgré que cela soit un problème grave, nous n’agissons toujours pas en conséquence.

Conclusion

Pour en revenir à l’énergie donc. Cette remarque est importante, car comme je le disais, nous avons besoin de produire chaque jour plus et encore plus, pour essayer d’éviter que cette gigantesque bulle de la dette nous pète à la figure.

Le problème n’est donc pas la crise écologique. En cela aussi, la solution ne sera pas technique. L’énergie spontanée n’existe pas. Nous ne trouverons jamais un moyen de produire permettant de suivre la croissance exponentielle imposé par le modèle économique. Ainsi, ce n’est pas en compartimentant les problèmes et en séparant les crises que nous trouverons une solution. La destruction accélérée de notre environnement à un caractère de gravité exceptionnelle, car il remet en cause le support biologique nécessaire à notre vie humaine. En gros, nous risquons de crever de faim avec le réchauffement climatique. Nous pourrions penser que l’effondrement de notre système économique et la fin du pétrole sont une bonne nouvelle pour l’environnement. En partie, certes oui. Pour autant, je le montrerais dans un billet à venir, la situation sur le front de l’écologie est déjà catastrophique, et ne pourra qu’empirer si nous nous acharnons désespérément dans le même modèle.

La crise économique risque de nous pousser à avoir une réponse de l’urgence, avec une vision à court terme pour tenter désespérément de maintenir à flot un système condamné à couler. Il est important de saisir l’importance des enjeux, et du fait que la crise écologique n’est qu’un symptôme parmi d’autre de la fin inéluctable de notre modèle de développement actuel. Et du fait que la crise économique et écologique (et sociale, même si je n’ai pas encore évoqué le sujet) se résoudra par un changement profond dans notre société, de notre plein gré ou non.

Voila, je vous laisse pas tout à fait comme vous êtes venus, et j’espère un peu plus curieux de vous et de ce monde.

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