Notre modèle de société actuel en est un…

Ce bref délire a été le premier du genre par l’hôte de ces lieux, et le voici donc présenté après légers remaniements ici. Cela reste initialement très orienté question du climat, mais cela évolue par après :p Le fond de commerce de l’hôte de ces lieux, c’est le climat, mais le but est bien de parler de notre société😀 Aujourd’hui, l’acceptation de la réalité du réchauffement est plus importante qu’à l’époque où j’avais écris. Pour autant, pas grand’chose n’a changé, et nous restons au niveau zéro de la lutte contre ce problème. Les USA, dont je parle assez abondamment, sont un cas particulier. Chez eux, le déni facial et brut de décoffrage, même si tendant à s’atténuer, est très présent. Pour autant, la vieille Europe ne se bouge pas tellement plus. En effet, et c’est pour cela que je parachute ce pavé tel quel, ce n’est pas seulement accepter des faits, mais aussi accepter l’urgence d’agir. Et sur ce dernier point, il y a toujours déni.

Apocalypse catharsistique d’une civilisation en crise

Vaste sujet qu’est celui-ci, sur lequel je voudrais revenir encore, avec un titre bien racoleur pour mon message histoire d’être sûr qu’au moins quelqu’un arrive à cette ligne…  Je n’ai pas la vaine prétention d’écrire un bouquin, mais vu la tartine je me suis permis de mettre des titres pour s’y retrouver (dans un style un peu moins racoleur quand même😆 )

Avant de commencer, un aveu de faiblesse, mais la traduction n’est pas mon truc. Que ceux qui ne comprennent pas l’anglais me permettent de leurs présenter humblement mes excuses

Donc, sociétés et changement du climat. On peut voir le lien entre le réchauffement et ses conséquences, un peu plus subtilement montrer nos adaptations et réactions actuelles. On peut aussi gratter un peu plus, et aller chercher dans les tripes de cette civilisation le pourquoi et le comment, même si cela ne peut que friser le hors-sujet à un moment ou à l’autre. Je voudrais pourtant continuer cette réflexion sur notre civilisation, et écrire une véritable « apocalypse catharsistique » de notre civilisation dans son sens le plus profond. Déchirer le voile, voir, pousser à la réflexion, et par la catharsis, ie la purification par la représentation dramatique, faire réagir ceux qui arriveront à me lire jusqu’au bout.

Je ne suis pas toujours neutre dans la manière dont je m’exprime, mais j’essaye toujours de rester objectif. Une des grandes caractéristiques de notre époque est son relativisme. La psycho et la socio fournissent des outils puissants pour l’étude des comportements humains, et ne dépendent pas du point de vue adopté.

Vocabulaire

Par la suite, je vais utiliser l’expression NRCA, que j’ai purement et simplement inventé, et qui n’a aucune chance de rester dans les annales ^^ Pour quoi NRCA ? C’était l’abréviation un peu peu cavalière de Non (Réchauffement Climatique Anthropique), sans doute une déformation d’un gars qui a fait de la logique. Pour ceux qui n’auraient pas compris d’où ce truc est parachuté, en logique une proposition (P) admet son complémentaire noté non(P) ; et en toute logique non(P) est vrai quand (P) est fausse. Si on admet que le (Réchauffement Climatique Anthropique) est une proposition, on peut donc écrire son complémentaire. C’est un peu cavalier, car les sceptiques auto-proclamés ne se résument pas à cette proposition, et l’abréviation est une interprétation très personnelle d’un mix entre logique, et écriture abrégée. Pourquoi ce petit paragraphe supplémentaire ? Et bien : « Sceptique I. n. Personne, philosophe, qui adopte le scepticisme II. adj. Philosophe sceptique. Une moue sceptique» « Scepticisme n. m. 1. Doctrine selon laquelle l’esprit humain ne peut atteindre aucune vérité générale (philosophie, religion). 2. Refus d’admettre une chose sans examen critique. 3. Attitude critique faite de défiance à l’égard des idées reçues. » . Le Robert de Poche 1995.

« scepticisme, n.m. (du grec skeptomai, « j’examine »). PHILOSOPHIE : doctrine qui consiste à suspendre tout jugement, parce qu’elle refuse à l’homme la faculté d’atteindre la vérité. Après Pyrrhon, Ænésidème, Sextus Empiricus, Montaigne a utilisé dans ces Essais le « Que sais-je ? »sceptique, suivi, au XVIIIème siècle, par David Hume. – En un sens plus général, attitude de doute systématique à l’égard de croyances ou d’opinions communément admises. » Nouvelle Encyclopédie Bordas, 1988

« Sceptique [sεptik] adj. Et n. (gr. Skeptikos, qui observe). 1. Qui manifeste du scepticisme ; incrédule. 2. PHILOS . Qui appartient au scepticisme, partisan du scepticisme, princip. Antique » « Scepticisme n. m. 1. État d’esprit d’une personne qui refuse son adhésion à des croyances ou des affirmations génér. admises. 2. PHILOS. a. Courant de la philosophie antique qui s’est attaché à montrer de façon méthodique que l’esprit humain ne saurait atteindre une quelconque vérité, et qu’il convient donc de suspendre son jugement si l’on veut parvenir à l’ataraxie (Principaux représentants : Pyrrhon, Sextus Empiricus.) b. Doctrine qui nie qu’une vérité ou une certitude absolue puissent être atteintes, mais qui préserve la possibilité d’une connaissance expérimentale et scientifique du monde extérieur. (David Hume en l’initiateur).» Le petit Larousse 2008

« sceptique, adjectif Sens 1 Qui doute de tout ce qui n’apparaît pas comme une évidence [Philosophie]. Anglais sceptic Sens 2 Peu convaincu. Synonyme incrédule Anglais sceptical»

sceptique, nom Sens 1 Personne qui doute de tout ce qui n’apparaît pas comme une évidence [Philosophie]. Sens 2 Personne incrédule, peu convaincue. Synonyme incrédule»

http://www.linternaute.com/dictionnaire/fr/definition/sceptique/

« Sceptique : personne non disposée à accepter qu’une majorité ou une autorité quelconque ait le pouvoir de déclarer une opinion comme étant la vérité »

http://lemytheclimatique.files.wordpress.com/2010/01/manuel.pdf

Le glissement de sens est énorme, et passe d’un doute réfléchi à un sorte de « désobéissance civile ».  D’où mon agacement de me faire imposer un nouveau sens à un mot, et mon refus « sceptique » de me soumettre (dans le sens que je refuse que la majorité des NRCA ait le pouvoir de déclarer l’opinion qu’ils sont sceptiques comme la vérité). D’où le terme NRCA, même si comme je le disais il n’est peut être pas des plus adaptés.

Merchants of doubts

Pour bien débuter, une interview en anglais de 30 minutes, de Naomi Oreskes, co-auteur du livre [u]Merchants of doubts[/u], How a handfull of scientists obscured the truth on issues from tobacco smoke to global warming (Marchands de doutes, comment une poignée de scientifiques ont obscurci la vérité sur certains problèmes, de la fumée du tabac au réchauffement global).

Naomi Oreskes et Erin Conway insiste, rien qu’à travers le titre de leur livre, sur la méthode des NRCA. Merchants of doubts. Marchands de doutes. Le doute. Le marchandage. La science, face à une logique marchande et une logique de doute spécieux. La méthodologie des NRCA, si tant est que cela mérite le qualificatif de « méthodologie », consiste simplement à laisser planer en permanence le doute. En anglais, les expressions « unsettled science » (science incertaine) ou « not sound science » (science non solide) se rencontrent un nombre incommensurable de fois. La stratégie est ainsi résumé, remettre en cause de manière permanente les résultats scientifiques. Il n’y a pas de théorie alternative, au moins partiellement édifié. Il n’y a pas de logique d’ensemble. Rien de tout cela. Simplement une salve continus d’arguments, un roulement continu, parfois contradictoire, parfois pertinente, parfois risible ; mais une salve dont la majorité de la population ne perçoit pas l’incohérence et donc, sans la prendre pour parole d’Évangile, se met à douter de tout.

Rien que pour cette raison, en dehors même de toute considérations sur la validité des arguments scientifiques, les NRCA ont tort. La science est réfutable, mais si on la réfute, cela se fait de manière propre, avec une explication alternative des faits qui est argumentée. Pour les familiers des stat’s, ce n’est même une erreur de troisième espèce au sens statistiques, c’est-à-dire choisir la bonne hypothèse pour les mauvaises raisons, puisqu’il n’existe pas une autre hypothèse.

Le seul objectif reste de décrédibiliser la science climatique, de vendre du doute. Merchants of doubts.

Pour exemple, la page traitant du changement du changement climatique du Marschall Institute :

There remains considerable uncertainty as to how much the climate has varied regionally and globally on the decades-to-centuries timescale, or what caused those changes. […]

Because of the complexities of the climate system, there is [b]no accepted estimate[/b] of the amount of warming due to the human emissions of greenhouse gases.

http://www.marshall.org/subcategory.php?id=49

Emphazis added, tel qu’on dirait en anglais:p Le message est clair, de l’incertitude, et aucune estimation acceptée (sous entendu dans la communauté scientifique, c’est-à-dire que la communauté scientifique resterait divisée, bien que cela soit faux).

On peut se poser aussi pas mal d’autres questions, le public visé, les connexions avec le déni des méfaits du tabagisme, le financement, …. Je ne vais pas décortiquer toute la vidéo, certains passages ne sont pas d’une importance fondamentale pour mon propos. Mais en gros elle dit que l’argent ne venait pas forcément au début des grandes industries, bien que ce soit le cas maintenant. Et elle plonge dans les tréfonds de l’histoire récente des USA, les ères Reagan, Nixon, Bush, pour appuyer l’idée d’une stratégie mise en place par l’industrie du tabac en premier, puis généralisé à tous les débats publics.

Pour terminer, je voudrais revenir sur ce que N. Orenskes pense être les motivations des scientifiques NRCA. Elle dit que c’est un problème d’arrogance, de confiance en soi démesuré, de passion (du latin patior, souffrir). Et personnellement, j’ajouterais de frustrations, d’aveuglement idéologique.

Une vidéo circule sur Internet, [u]The Great Global Warming Swindle[/u] (La Grande Arnaque du Réchauffement Climatique). C’est cette vidéo la grande arnaque en elle-même, mais passons. Ce qui est intéressant, en fait le seul moment où cette vidéo est intéressante, ce sont les 10 minutes de 0h36 à 0h46. Les intervenants essayent de « renverser » (manière de parler, la vidéo est plus ancienne que l’interview) le postulat de N. Orenske, qui est de dire que les NRCA sont issus d’une réorientation de leurs activités après la chute de l’URSS, en remontant à l’ère Thatcher. La réaction de Lindzen vers la minute 45 est aussi révélatrice je penses. J’ai du mal à qualifier, mais on a le sentiment d’un homme qui se sent agressée, qui vivait « pépère » sa vie de scientifique dans un temps maintenant révolu. Il doit aussi avoir une tendance marqué à l’esprit de contradiction et être imbu de lui même. En cela, il croit en ce qu’il dit, mais je doutes malheureusement que ce ne soit pas pour les bonnes raisons. S. Foucart, dans son livre Le populisme climatique, analyse de même les réactions de V. Courtillot et C. Allègre en tant que frustration. En France, le climat a longtemps été l’apanage de la géophysique. C. Lorius (le gars qui a fourni des outils pour reconstruire le climat sur les dernières centaines de milliers d’années) notamment est passé en géophysique. Le climat est brutalement sorti de la géophysique avec cette histoire de RC. Et on s’aperçoit que maintenant en France c’est une croisade de l’Institut de physique du globe de Paris, avec nos deux compères en pointe, seul contre tous le monde. Et au fond, je penses que leurs réactions, aussi dommageables soit-elles, n’est pas très éloigné de celle de Lindzen.

Quand les gens de la droite de la droite étaient écolos et hippies

Ce qui est un peu décevant dans cette histoire, je pense qu’on ne creuse pas assez le sujet des années 88-92. Ces 5 années sont une année charnière pour l’envol des NRCA mais aussi pour les écolos de tous bords. L’écroulement de l’URSS a eu et a encore des conséquences énormes, même si ce n’est pas toujours perceptible. L’avant 88 et l’après 92 sont aussi différent que sont les deux visages de Janus. D’un monde bipolaire, sur la corde raide mais stable où le bon et le méchant sont clairement identifié de part et d’autre, on est passé à un monde multipolaire incertain. N. Oreskes rappelle que les NRCA sont apparus après la chute de l’URSS, reprenant une thématique très « guerre froide ». Les écolos sont des « kmers verts », « vert à l’extérieur, rouge à l’intérieur », des communistes, … (expressions traduites littéralement, mais qui s’emploient couramment aux USA). S. Foucart, dans le populisme climatique, souligne que curieusement C. Allègre a repris à son compte certaines de ces expressions, ce qui fait un peu bizarre car en Europe il n’y a pas d’assimilation systématique écolo/bolchevique. On se demande bien où ce dernier est allé chercher son inspiration d’ailleurs… M’enfin bref, toujours est-il que le sujet est traité d’un point de vue partisan je pense, celui de savoir d’où sortent les NRCA. La question de savoir d’où sortent les écologistes et leurs méthodes pas toujours très licites confrontés à la question de savoir d’où sortent les NRCA et creuser à fond ces 5 années charnières pourrait être pertinent à mon avis. Sinon, pour en revenir à la vidéo, N. Orenskes fait un tour de l’Histoire de l’écologie. Et la petite surprise, les écolos n’ont pas toujours été des gauchos. Elle prend l’exemple de T. Roosevelt et W. Stagner qui au début du siècle dernier se sont fortement impliqués dans la créations des parcs nationaux. Pourtant, ils étaient tout les deux des républicains, et Stagner était un industriel franchement conservateur. Et en bon conservateur, il voulait conserver aussi les grands espaces, d’autant qu’à l’époque le monde semblait encore bien vaste et on n’avait pas encore l’idée de faire du grand canyon un attrape pigeons touristes.

Un sondage très récent montre que cette tendance reste encore très présente. Dans l’Ouest profond, à tendance plutôt républicaine, ils se gaussent du réchauffement climatique mais ont à cœur les activités à l’extérieur et la protection de l’environnement.

http://www2.coloradocollege.edu/stateoftherockies/Conservation_West_Survey/ConservationWestSurvey_02_20_11ev1.pdf

Même si de manière moins spectaculaire, cette tendance se retrouve également en Europe.

L’écologie a dérivé à gauche de l’échiquier politique à cause du problème de régulation posé par le RC (régulation des émissions, donc interférence dans nos vies quotidiennes ultra libérale). D’une simple conservation des terres, donc sans rien de très contraignant, l’écologie est devenue une affaire de régulation, de contrôle, toutes des notions de la gauche bien à gauche, voire plus. De plus, je détaillerais ce point un peu plus tard, les questions de l’environnement, et du RC en particulier, on été enfermé dans l’écologie de gauche justement, et a renforcé son isolement sur l’échiquier politique.

Contradiction, contradictions, contradictions…

Décrédibiliser et se faire entendre donc. Naomi Orenkes cite une phrase qui me semble terrible. En substance, un document interne à l’industrie du tabac dit clairement : « Don’t lie, you don’t have to» (Ne mentez pas, vous n’en avez pas besoin). L’auteur d’un petit manuel de statistiques, Statistiques pour Statophobes, plein de bon humour, nous rappelait que nous n’étions pas conçu pour gérer et générer de l’aléatoire, avec une belle démonstration statistique à la clef et une explication de pourquoi la réponse qui arrange le gouvernement est toujours oui pour un référendum. Don’t lie, you don’t have to. Les NRCA et les négateurs plus généralement, tous les marchands de doutes, n’ont pas forcément eu besoin de mentir même si cela devient de plus en plus commun. Dans l’incertitude et l’indécision, notre cerveau va privilégié certaines réponses et est influencé par tout le discours non verbal. Les elfes parlent le langage vrai, et ne peuvent mentir. Pourtant, ils savent manipuler. Et on est bien dans le même ordre d’idée. C’est terrible, car on quitte le domaine du message scientifique bien carré et bien propre pour un message d’incertitude et habiller avec de la science, donc qui garde une crédibilité. Attaque ad hominen (un certain scientifique, M. Mann, n’a pas eu tous les jours la vie facile), demi vérité, arguments qui transpirent le bon sens à grosses gouttes, toutes les techniques y passent. Informellement, on appelle cela un Gish Gallop, et pas besoin d’être un no life rageux pour tenir un Gish Gallop Rate de 18 âneries/minute.

Un exemple parmi tant d’autres. D’un côté, l’affirmation que le climat a toujours varié, et parfois dans des proportions importants ; et que le climat actuel n’est pas plus chaud que le climat du Moyen-Âge, sans même parler de l’Holocène. De l’autre, l’affirmation que la sensibilité climatique est très base, avec une propension marquée à en appeler aux résultats de Lindzen (qui ont pourtant était dûment critiqués soit dit en passant). Pourtant, peu relèveront la contradiction je penses. Elle est pourtant bien là. Comment avoir un climat très variable avec une sensibilité faible ? Ce genre de question devrait typiquement provoquer un tel blanc que même les mouches, conscientes de leurs vrombissements, s’arrêteraient de voler. Une question qui n’est pourtant jamais posée.

Et la liste n’est pas exhaustive. Les contradictions de ce type peuvent être débitée ad nauseam.

L’argumentaire des NRCA trouve une résonance particulière dans la population générale, car, tel que je le soulignais, les sciences n’ont aujourd’hui plus grand’chose d’intuitif. Les arguments de bon sens marchent donc à plein. Un exemple a été encore donné récemment avec l’histoire surgit de nul part du trou dans la couche d’ozone. Ce trou a été plus important à la sortie de l’Hiver 2011, suite aux températures très froides dans la stratosphère polaire. Réaction immédiate de beaucoup : « Ils nous parlaient de réchauffement, et v’là t-y pas que  maintenant il parle de refroidissement. ». Oui, sauf qu’on parle de la stratosphère, qui elle se refroidit, ce qui est une signature de l’effet des gaz à effet de serre. Contre intuitif ? Peut être. Mais observé depuis des dizaines d’années et prévu depuis encore plus longtemps.

Et arh’lupia est un autiste nolife un INTP

Dans ce contexte, une nouvelle étude est paru, qui met en exergue les différences de personnalités entre le public en général, et les scientifiques, et plus particulièrement ceux impliqués dans la recherche touchant le sujet du réchauffement climatique.

Il reprend le test de personnalité de Jungs/Myers qui développe quatre axes avec pour chacun deux préférences opposées. Ce qui donne concrètement : I/E : introverti ou extraverti, axe d’orientation de notre énergie interne S/N : sensitif ou intuitif, axe de prise d’informations T/F : pensée (thinking) ou sentiment (feeling), axe de prise de décision J/P : jugement ou perception, axe d’interaction avec ce monde.

Ce qui donne 16 personnalités différentes possible.

Bref, le papier :

http://www.springerlink.com/content/m805153k11856103/fulltext.pdf

La différence la plus dramatique entre population générale et scientifiques se fait sur la prise d’informations de ce monde. La très grande majorité des gens préfère la sensation, alors que les scientifiques sont plutôt dans l’intuition. Quand on lit les différences entre ces deux axes, cela fait limite l’effet d’une révélation.

Les personnalités xSxx : se basent sur leurs expériences avancent prudemment et logiquement vers les conclusions veulent des détails sont ancrés dans le présent, lié au passé préfère des instructions étapes par étapes regarde les faits préfère le langage concret au symbolisme, ou aux métaphores.

Les personnalités xNxx se basent sur les théories avancent à coup d’intuition vers les conclusions veulent des généralités sont orientés vers le futur préfère parler en toute généralité regarde les schémas et les possibilités utilisent le langage symbolique

Le réchauffement climatique étant un concept plutôt très général, qui est plus une problématique du futur que de maintenant, dont les faits restent lointain et très imprécis, on comprend que les S éprouvent des difficultés à percevoir la problématique du réchauffement climatique. La manière dont les S et les N perçoivent ce monde peut donner plus de difficultés au S et plus de facilité au N à appréhender la problématique du RC.

Le test, tout du moins pour le cas que je suis, est efficace. Paraît que j’ai la même personnalité que Newton aussi… Leroy Jethro Gibbs doit être un INFP « extrême ».

Le déni pour les nuls

Dans la continuité de cette difficulté de perception de la problématique du RC, une vidéo d’un gars qui porte bien son nom : G. Marshall (comme l’institut, pour ceux qui ont raté la blague  :whistling:  )

En gros, dans la première vidéo, il explique que notre perception des dangers est contraint par les caractéristiques suivantes :

  • immédiat
  • visible
  • avec précédent
  • causé par d’autres
  • avec une causalité simple
  • et avec des impacts directs.

Le RC, c’est l’exact opposé… Cela vient bien évidement de l’évolution. L’intérêt, c’est de pouvoir réagir immédiatement quand on tombe sur un tigre à dent de sabre qui a la dalle à en bouffer une tribu néolithique entière. Les mécanismes dont nous parlons là sont archaïques et rappelle notre animalité.

Il se passe la même chose par exemple lorsque la nation viole les droits de l’Homme. La population devient alors aveugle aux exactions. Savoir ou ne pas savoir, un acte politique, une décision personnelle.

Dans la dernière vidéo, il montre les réactions que nous pouvons avoir pour réagir et éviter le problème du réchauffement climatique. Ce sont des mécanismes de défenses très généraux, et il se rencontre dans la vie de tous les jours, mais ici on les étudie dans le cadre des questions d’environnements.

Une réaction de base, une des plus primitive et des plus archaïque, est le déni. Quand une information provoquant un sentiment négatif, on la nie en bloc. Et face au RC, on parle d’incertitude, de science non figé. Toujours les mêmes expressions : « unsettled science », « not sound science », « unsure science », « uncertainity ». En cela, les campagnes de déni dont parlait N. Oreskes sont très efficace, car elle stimule ce mécanisme de défense. Il n’y a pas besoin de nier frontalement. En laissant le doute, l’esprit de chacun ferra le reste, et s’appropriera ce doute pour rejeter les informations véhiculant un sentiment négatif.

Une réaction toujours de l’ordre du primitif est la prise de distance. « Oh, vous savez, le réchauffement climatique, c’est un problème global, mais bon voilà quoi. Cela ne me concerne pas plus vraiment. ». Avec le RC, on peut même prendre dans la distance dans les 4 dimensions. Le RC, c’est loin dans le futur, c’est loin de mon petit jardin.

Une autre réaction assez primitive est la compartimentalisation. Un exemple, atroce, est celui de ce commandant de camp d’extermination, qui faisait du tir au pigeon avec les bébés du camp, et qui le soir rentrait chez lui et en bon père de famille, embrassait sa femme et ces enfants. C’est une stratégie courante concernant l’environnement (je ne compare pas les deux cas évidement ! Mais cet exemple des camps de la mort est suffisamment frappant pour se passer d’un blabla inutile). D’un côté, on est bien d’accord que le RC est un problème, on semble l’accepter et en discuter librement ; de l’autre nos actes montrent qu’on a pas intégré cette problématique. De plus, il y a toujours ce problème de l’espace-temps. Le RC est un problème global. Il est donc plus facilement compartimenter dans un petit coin, dans la case problèmes globaux, sans jamais entrer interagir avec la case problèmes locaux. Pour ceux qui comprennent l’anglais, les exemples données par G. Marshall font rire jaune.

Pour cette réaction, j’ai perdu l’expression en français qui va bien :s C’est la réaction de celui qui va par exemple changer une ampoule ou se mettre à trier, et avoir l’impression que ce geste suffit. On se donne bonne conscience avec un geste qui au fond à une portée anecdotique.

Il y a aussi la reconstruction positive. Nous nous approprions le RC pour en faire quelque chose de personnellement positif.

Sur ces réactions de défenses, je connais moins le sujet et donc je ne vais pas développer plus, d’autant que j’ai bien du mal à m’en dépatouiller. La seule réaction de défense que je connaisse vraiment la sublimation, qui m’a mené jusqu’au bout de la nuit pour pondre cette tartine et me mènera encore au bout de la nuit pour le perfectionner.

Un bouquin m’a été indiqué à l’époque et il est très intéressant. Dans son Pour un catastrophisme éclairé, Dupuis revient sur une vieille théorie qui dit qu’on ne connait que ce que l’on a vécu. Dans cette optique, la catastrophe n’apparait pas crédible car elle ne peut pas avoir de précédent par définition. Une des premières idées qui m’est venu à l’esprit en découvrant ce livre est l’exemple du gars très post moderne, qui respecte les 50 en ville parce qu’il juge utile mais trouve les 90 sur les lacets vosgiens trop restrictif, et qui dans une excuse « c’est la vie » très désespoir post moderne, s’enfile les routes à 170 jusqu’au jour où il termine 1100 mètres plus bas après un vol plané au dessus des contreforts alsaciens des Vosges. La catastrophe n’était pas réaliste jusqu’à ce que la bagnole soit devenu un cercueil miniaturisé. Je ne sais pas si je dois en rire ou en pleurer, mais cela me rappelle furieusement ma gueule…

Pour finir ce petit paragraphe, des expériences ont montrés que l’idée de citoyen guidé par la raison est un mythe. Par un processus qu’est la rationalisation, nous agissons, puis nous justifions nos actions. Contrairement à ce qu’on pourrait pensé, on ne décide pas puis on agit. On agit, puis on se justifie comme on peu. Par exemple, il pleut dehors. Vous prenez un parapluie, parce qu’il pleut. Et bien, les expériences ont montrés de manière indiscutable, qu’effectivement, « on prend le parapluie parce qu’il pleut » ; au contraire de « il pleut donc je prend un parapluie ». Dans le même genre, Zidane a été mettre un coup de boule à son adversaire, puis il s’est justifié comme il pouvait. Et on peut continuer ainsi la liste, du gars qui allume une clope à celui en train de se palucher, en passant par la fille qui se fait une manucure. Chacun va se justifier a posteriori d’une manière parfois maladroite. Un neurobiologiste disait en gros que l’idéal des Lumières, celui du citoyen doué de raison, est mis empiriquement en faillite. Cela n’aide pas…

Comment les écologistes empêchent la lutte contre les défis écologistes…

Il souligne également un point fondamental dans la deuxième vidéo, celle dont je n’ai pas encore parler. Pour ceux qui sont encore plus vif que mort après les longues déblatérations précédentes, cela me semble important de tenir encore quelques lignes avant de capituler. Il souligne d’une part que les écologistes ont tendance à jouer sur la culpabilité. Quand L. Cabrol avait ouvert son blog, l’un des premiers textes dont il nous avait gratifié compter un nombre vertigineux de mots se rapportant à la famille de « coupable ». De mémoire, une dizaine de fois, pour dire qu’il veut déculpabiliser les gens après le battage des écologistes. À l’époque, cela m’avait fait bondir. Je ne comprenais pas pourquoi il s’investissait d’une telle mission. Et en fait, il n’avait pas tort, tout du moins sur l’analyse (pour la réaction, on ne peut pas dire qu’elle fut très pertinente ou appropriée…). Les écologistes ont tendance à joué sur la culpabilité, « guilty » en anglais. C’est un point capital, car on pourrait tendance à avoir une vue biaisée, ce dire que les gens sont victimes de leurs inconscients seulement. Au contraire, certains écologistes se déchainent, façon missionnaire qui en l’an de grâce 1550 après la naissance de notre glorieux sauveur, le Christ Jésus ; brandit la croix et hurle : « Convertissez-vous, hérétique ! » après avoir posé le pied sur la terre du Japon. Enfin bref, passez ce moment de délire, il n’en reste pas moins que l’attitude de certains écologistes provoque des réactions de contradictions. La pression négative écologiste en réalité n’aide pas. La meilleur réponse serait de donner une vision positive des difficultés de notre société. Tout comme les scientifiques ne sont pas là pour vendre du doute, les écolos ne sont pas là pour vendre de la culpabilité. Soyons clair, je ne cherche pas non plus à vendre de l’écologie avec une réponse toute prête sur le mode bisounours en sortie. Les défis posés par les difficultés écologiques sont immenses, et la transition se fera sans doute bien plus dans la douleur que dans la douceur. Pour autant, l’écologie n’est pas là pour culpabiliser et offre l’occasion à chacun de s’affirmer citoyen libre et éclairé. C’est un défi collectif, défi à relever  ensemble, et une occasion d’un nouveau monde à construire main dans la main. D’autre part, l’écologie s’est enfermé elle-même à gauche. Au lieu d’écrire une histoire pour nos sociétés, un grand récit fédérateur, ils ont écrit une vérité toute personnelle et force les gens à s’y rattacher. Les conséquents de cet activisme écologistes sont immenses, sans compte que les médias charge encore plus le dossier en tenant un Gish Gallop rate encore plus vertigineux que certaines personalités NRCA notoires. Puisque les gens ne sont pas con comme des manches à balai, ils flairent bien l’arnaque que tentent de refourger les médias, et refuse d’y adhérer. De ce point de vue, on note aussi l’extrême polarisation du débat, ce qui est dommageable. Les sciences de l’atmosphère ne sont pas une belle démonstration à la craie blanche sur le tableau noir. Les incertitudes, sur la sensibilité climatique, sur le contenu en chaleur de l’océan, sur les nuages, sur l’attribution des événements météorologiques au changement climatique, ne doivent pas être écarté d’un haussement d’épaule, et il y a parfois un fond de vrai dans certains propos NRCA.

Des grands récits

Si le RC n’est donc pas en mesure de stimuler notre « thermostat » du risque, si la majorité de la population n’a pas les capacités innées pour saisir sans effort le problème RC, si nos mécanismes de défenses vont nous détourner du problème du RC, on doit en passer par une autre voie, celle d’un récit social construit. Et c’est là où cela devient intéressant. Un papier en français pour les courageux qui ont déjà enduré plus d’une heure d’anglais :

Dans la pensée post moderne, on parle d’éclatements des grands récits. Cela rejoint l’idée très générale du post modernisme, celle du relativisme et de l’éclatement des structures traditionnelles : individualité, famille, grand récit, … tout y passe.

Historiquement, les sciences sont passés par trois grands récits. Le premier, le plus primitif, est l’amalgame entre science et religion. L’Homme se sent le jouet des dieux. Un petit souvenir du romantisme, la dernière déclinaison à mon sens de ce grand récit :

Un célébre tableau romantique

Ensuite, l’âge de la raison, le modernisme et son rationalisme triomphant, la remise en cause des anciennes divinités. La science est objective, rationnelle, on lui fait confiance. La météorologie est moins marqué par ce grand récit, mais elle en est passé par là. C’est l’image de Pasteur par exemple :

Les deux images sont tirés de Wikipedia ;)

Et enfin, l’éclatement récent des grands récits, ce qui n’est pas sans compliquer le problème actuel du RC. En fait, on ne peut plus vraiment considérer cela comme un récit. Chacun détient sa vérité et se referme dans un tribalisme post moderne dans un esprit très chacun pour soi et Dieu pour personne.

Analyser le pourquoi de l’éclatement des grands récits est un bien trop vaste sujet pour mes modestes connaissances. Je ferais cependant quelques remarques. Dans ma jeunesse :p ma prof de philo disait : « La technique sert l’Homme pour mieux l’asservir ». Et effectivement, après l’ivresse de la science et de la technique triomphante qui fait reculer le grand récit primitif et donne à l’Homme le sentiment de maîtriser son Univers, la douche froide est brutale. Majdanek, Sobibor, Hirochima, Nagasaki, agent rose, vert, orange, et plus récemment, OGM, RC, pour ne citer que des exemples, montrent que les sciences et les techniques peuvent faire d’énormes dégâts, et remettent profondément en cause l’idée de progrès. Et la société est de plus en plus esclave de la technique, dans une sorte de spirale infernale où l’apothéose du délire est atteint avec la géo-ingénierie. On se propose maintenant de résoudre les dégâts du RC en remodelant la Terre à l’aide de nos connaissances techniques. On assiste également à une nouvelle confusion des genres. Après le premier grand récit où l’on confondait sciences et religion ; notre société post moderne confond maintenant sciences, politiques et économies. Le lobbying est devenu un sport national, et certain essaye de s’en mettre plein les fouilles. Cela pourra sembler un peu caricatural, et je ne voudrais pas cracher sur nombre de scientifiques qui continuent à faire leur boulot honnêtement, mais c’est une tendance malgré tout qui est présente.

Dans ce contexte d’éclatement des grands récits, d’hyper individualisme, sans parler de crise économique, de peur du chômage, peur de l’islam et/ou des mexicains suivant le côté de l’Atlantique où l’on vit, la nécessaire construction d’un nouveau grand récit social visant à court-circuiter nos multiples « défaillances » -tant celle de la rationalisation que celle du thermostat du risque- et géré notre inconscient arrive au pire moment qu’il puisse être. Dans un monde incertain et marqué par le relativisme, le retour à l’ancien grand récit fait figure de roc sur lequel s’appuyer. En langage moins crypté, le climat varie naturellement, c’est le hasard. L’Homme doit revenir à une science objective, non politisé, qui le protège de ces aléas. Une généralité un peu passe passe partout, mais qui permet de faire le lien entre discours des NRCA et grand récit naturaliste, celui de Pasteur.  De plus, la civilisation et ce grand récit naturaliste ont interagit pour nous donner à nos sociétés une structure particulière, point sur lequel je reviendrais.

Pourquoi un pavé pareil ?

Ce qui m’a motivé, c’est ce post du blog de Tamino :

http://tamino.wordpress.com/2011/10/15/a-stitch-in-time/

qui reprenait cet article :

Comment réduire nos émissions ?

http://www.thebulletin.org/web-edition/features/wedges-reaffirmed

En 2004, l’auteur avait proposé un scénario avec 7 triangles de stabilisations des émissions. Il admet lui même que c’était un peu une option bisounours, mais que cela reste gérable. Le principe est simple, maintenir les émissions constantes (donc, cela implique que la concentration en CO2 continue d’augmenter linéairement tout de même) durant 50 ans. Pour maintenir les émissions constantes, cela implique 7 axes de réductions, et il détaillait quels axes (véhicules,…). En 2011, 7 ans plus tard, l’auteur revient sur le sujet et constate que les émissions augmentent de plus en plus rapidement, et aucune réduction n’est donc atteinte, même de très loin. Désormais, une stabilisation des émissions nécessite 9 axes de réductions, et cela fera toujours au final plus de CO2 dans l’atmosphère. L’auteur a en tout cas une bonne initiative. D’un problème à la résolution si titanesque que même un demi-dieu abandonnerait, il le divise en 9 axes qui sont donc plus gérables. Il montre également que le coût de l’inaction est catastrophique. Même en supposant une sensibilité climatique très basse façon Lindzen, cela fait toujours 1.1°C de réchauffement depuis le pré-industriel, et ceci avec deux options bisounours (stabilisation immédiate des émissions et sensibilité très basse). En partant sur un option un peu plus réaliste que la sensibilité climatique est 0.75 K/Wm^-2, valeur médiane du GIEC, cela nous mène à 3.1°C. Et si nous ne faisons rien, je suppose qu’on arrivera à 850 ppm de CO2 environ (c’est réellement la trajectoire que cela prend actuellement), c’est-à-dire à 4.5°C au minimum par rapport au pré industriel. Et il n’y a pas à s’inquiéter pour le pic pétrolier. La Chine et les USA ont le cul posé sur des réserves colossales de charbon, qui avant d’être épuisé auront permis de tenir l’accélération actuelle des émissions quelques années encore. Sans compter que là dessus, on peut rajouter toutes les autres GES, certains étant même artificiellement, ce qui ne peut que tirer à la hausse les chiffres puisque là on calcule simplement l’effet du CO2. Le propos spécifiquement est ainsi de dire qu’en partant sur l’hypothèse qu’on ne fait rien, il ne sert à rien d’espérer que la situation climatique ne devienne catastrophique.

Un autre cas, celui de la crise permien-trias a été développée par une jeune étudiante en sciences atmosphérique au Canada :

http://climatesight.org/2011/02/17/extinction-and-climate/

Cet exemple montre combien un réchauffement climatique causé par des gaz à effet de serre peut avoir d’énormes conséquences. Elle est considérée comme la mère de toutes les extinctions de masse. Elle est la seule à avoir décimée les insectes, la seule à avoir ramenée la Vie à quasiment 0. La plupart des espèces évolués et des écosystèmes complexes ont disparus, ce qui fait que l’évolution a du reprendre à partir de pas grand chose. Il est estimé que la Terre a mis 30 millions d’années pour totalement se rétablir. Et une des causes en jeu fut un réchauffement qui a dérapé suite à l’émission massive de CO2 par l’activité volcanique.

Vers une vision plus générale

Nos démocraties occidentales sont aussi différentes des premières démocraties grecques et romaines que notre civilisation est différente de la civilisation gréco-romaine. Nous sommes la civilisation qui a voulu renversé les Dieux, la civilisation de la technique et de la liberté individuelle. Hannah Arendt dans les années 60 parlait déjà de la perte de la notion de bien public. Il ne reste plus que qu’une poursuite effréné de la jouissance individuelle. La conscience de l’impact du réchauffement climatique est de plus en plus ancrée dans les esprits, mais cela reste un problème relégué à l’arrière-plan. Il ne nous concernent pas directement. Tocqueville avec beaucoup de pertinence à analyser ces démocraties, et au XIXème siècle avait déjà anticipé les évolutions observées actuellement. Je ne vais détailler ici son analyse, mais en rappeler quelques points marquants. Nos démocraties sont la cause et la conséquence de l’individualisme et de l’ultra libéralisme. Dans nos démocraties commerçantes et bourgeoises, nous abandonnons notre infime part de pouvoir à des hommes qui préfèrent suivre l’opinion plutôt que d’impulser une évolution à nos sociétés, pour pouvoir garder les fesses aux chaud sur le fauteuil qui va bien (et ceci, quelle que soit la couleur politique). Plutôt que de participer à la vie de la cité, nous demandons juste à l’État d’assurer la pleine jouissance de notre liberté individuelle. Al Gore, dans son libre La raison assiégée, mais si il a une tendance marquée à critiquer l’administration de Georges W. Bush (on se demande pourquoi…), vient en quelque sorte montrait l’achèvement des anticipations de Tocqueville dans la société états-unienne. Dans ce contexte de libéralisme, voire d’ultra libéralisme, le communisme et son bonheur public à tout crin avec son lot de régulation et son échec patent, est donc vu comme une attaque. Il s’en suit que l’environnementalisme qui pointe les failles, et même la faillite, de nos démocraties occidentales, et vu comme une nouvelle déclinaison du communisme, de sa volonté de régulation. Comble de l’hypocrisie, sûr de notre bon droit, et au nom de la liberté, nous avons voulu imposer ce modèle à coup de guerre. L’exemple le plus récent, celui de l’Irak, montre à quel point la volonté de bien faire a permis des atrocités dignes des années 40 (et après, on vient parler de l’Inquistion et des conversions forcées…). Je penses qu’organiquement nos démocraties ne sont pas aptes à affronter les défis posés. Elles sont un archaïsme des temps modernes, et ce n’est pas juste en changeant de Constitution que cela ira mieux.

Je voudrais essayer de discuter un peu plus avant de ce point. Il me semble bon de remettre cette discussion dans le cadre de l’analyse de notre société post-moderne et même hypermoderne. J’ai déjà parlé un peu de Hannah Arendt et de Ivan Illich. Leurs noms ne sont pas forcément très connu, mais leur réflexion s’inscrit tout-à-fait dans le cadre de la discussion en cours.

Hannah Arendt a développé sa pensée autour de trois fondamentaux de l’activité humaine. Elle sépare ainsi le travail, l’œuvre, et l’action.
De ces trois éléments constitutifs, nous pouvons dire ceci.
Le travail regroupe les activités biologiquement nécessaire. Il s’agit ainsi de se nourrir, de se vêtir,… La condition humaine du travail est la vie elle-même.
L’œuvre est la non-naturalité de notre existence, et s’explique par le désir d’immortalité. Nos vies individuelles se sont extirpés de la cyclicité intrinsèque à l’espèce. La condition humaine de l’œuvre est l’appartenance au monde.
Enfin, l’action et le langage est la seule activité qui mettent en rapport les individus. Elle a trait à la pluralité des êtres habitant à ce monde et à la politique. La pluralité est la condition de la condition humaine.
Le travail est fondamentalement éphémère. Soumis aux nécessités du métabolisme, il ne peut durer. Ce qui nous permet de subsister est périssable, et doit sans cesse être renouvelé.
L’œuvre exprime le désir d’immortalité. Nous avons un monde d’objet qui nous entoure, pour créer un monde durable. Et dans ce monde nous voulons laisser une trace de notre passage sur cette Terre, et ainsi s’affranchir de notre nature bornée par la naissance et la mort.
Enfin, l’action est fragile. Ce sont nos affaires commune, et nous écrivons l’Histoire. En cela, parler d’inaction en politique est un complet non-sens. La politique trouve sa source dans le langage et l’action, et désigne l’organisation d’une communauté d’humains. Politique vient du grec πόλις, la cité en grec. Encore plus profondément, ce mot trouve son origine dans la langue indo-européenne, avec *pelh- qui signifie remplir mais aussi fortifier.
Ce qu’évoquait Hannah Arendt dans ces réflexions, et la confusion entre ces trois fondamentaux dans la société moderne. L’œuvre a pris les caractéristiques du travail, et est devenu éphémère. Elle le soulignait particulièrement pour la culture. Et nous voyons bien aujourd’hui que la culture est devenue un bien de consommation comme un autre. Nous pouvons dire la même chose de la science, qui a été dévoyée dans une logique utilitariste à travers la technique.
Enfin, la politique a perdu de son sens, et ne concourt plus à l’écriture de l’Histoire. Elle se résume à une gestion administrative au jour le jour, en un peu plus rouge ou un plus bleu, de pseudo démocraties, en essayant de heurter le moins notre liberté individuelle.

Ivan Illich souligne la différence entre autonomie et hétéronomie, et la différence entre moyens et fins. L’un apprend au contact de la nature en exerçant ses sens, l’autre apprend auprès d’un professeur chargé de l’enseigner. L’un a une approche autonome, l’autre une approche hétéronome.
L’intérêt n’est pas d’opposer autonomie et hétéronomie. L’hétéronomie est caractéristique de notre évolution. Elle est rendu nécessaire par le fait que nous sommes matériellement incapable, en tant qu’individus, de parvenir à certaines fins. Ainsi, la thésaurisation du savoir et sa transmission organisée procède du fait que nous ne pouvons reproduire toutes les expériences menées jusqu’à nos jours pour obtenir la somme des connaissances actuelles. D’ailleurs, c’est un point qu’oublie souvent ceux qui rejettent la thèse du réchauffement d’origine anthropique. Ce sont, avant nous, sans doute d’innombrables personnes, qui directement, indirectement, par des connaissances transverses, ont contribué à faire progresser la connaissance dans ce domaine. Ce n’est surement pas un excité sur son blog qui remettra en cause toutes les études qui ont été faites sur la correction des températures (dans le sens du refroidissement en plus… Je préciserais que cela s’appelle un abri ouvert) du passé par exemple
Bref, dans notre société, les moyens sont devenus des fins en soi. Les deux exemples les plus proéminents sont à mon sens la voiture et l’argent. Pour la bagnole, nous avons développé, et développons encore, tout un attirail technologique. Alors que la bagnole est le problème. Un objet qui n’est finalement qu’un moyen, et devenu une fin en soi. On travaille pour payer sa bagnole, le ravitaillement, …. Au final, nous sommes en quelque sorte esclave de la voiture, et tout cela pour nier l’espace temps qui nous entoure. Et pour courir après quoi ?
De même pour l’argent. Il se devait d’être un vecteur facilitant l’échange entre humains. Au final, il est devenu un but en soi. Nous travaillons plus pour gagner plus, et faire gonfler des bulles économiques dont l’éclatement est de plus en plus violent.

D’un certain point de vue, Illich rejoint Hannah Arendt. Il y a confusion entre moyens et fins, tout comme il y a confusion entre œuvre et travail.

La bulle technique a participé à cet état de fait. L’intelligence a été développé durant l’évolution, pour suppléer l’évolution justement. Les deux dynamiques concourent à l’adéquation entre l’individu et l’environnement, et donc à favoriser la survie de l’espèce. Cependant, l’évolution est un processus lent, qui se déroule sur des millions d’années. De plus, l’évolution adapte l’individu à son environnement. Au contraire, l’intelligence est un processus rapide qui permet à l’individu d’adapter son environnement. Dans cette logique, une fourmilière est une forme d’intelligence. Intelligence collective et très limitée, mais intelligence quand même. Là où la fourmi est faible et démuni, la fourmilière peut répondre à des pressions de son environnement, et mettre en place des stratégies..

Rappelons enfin que la dernière grande crise économique, celle de 29, s’était terminé par une guerre mondiale. Et, à mon sens à juste raison, on peut craindre pour l’avenir. Aujourd’hui, nous avons une crise économique, écologique et sociale profonde et sans précédente, remettant en cause notre civilisation jusque dans ces tréfonds. Dans ce contexte, je suis personnellement assez pessimiste, et je doute que notre civilisation (mais non l’espèce humaine, soyons clair) passe ce siècle. Pour autant, je ne penses donc pas que la meilleure réponse soit une dictature verte. Je crois bien plus en une refonte totale de nos démocraties. Et c’est la raison qui me pousse à écrire et à continuer d’espérer malgré ce message assez pessimistes, l’individu post moderne est éduqué. Durant le dernier siècle, les connaissances ont fortement progressé. Si je crains que nous soyons en train de partir collectivement à la catastrophe, nous restons éduqué et capable de comprendre les enjeux de ce monde et de notre interaction avec ce monde. J’écris donc pour proposer de prendre du recul, et proposer une remise en cause profonde, connaissant nos tendances naturels. Une phrase célèbre dit :  « Tant qu’il y a de la Vie, il y a de l’espoir ». Je dirais personnellement : « Tant que cette civilisation et ces individus restent,  l’espoir reste ».

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