Pour qui sonne le glas…

Bon, je vous avais promis de parler un peu plus d’économie, mais pour l’instant les marchés actions sont en pleine euphorie 😀 (du moins aujourd’hui un peu moins, le CAC 40 s’essouffle légérement même si le Dow Jones est toujours au plus haut depuis 5 ans). Pendant ce temps la banquise arctique repousse toujours un peu plus les limites de l’effondrement. La priorité du jour sera donc l’Arctique, et je vais ainsi vous entretenir encore ici de ce sujet (on va finir par croire que c’est un blog pour parler de l’Arctique ici ^^ ). Mais dès que j’aurais un peu de temps, je vous parlerais d’énergie, d’argent-dette, et autres joyeusetés de ce genre.
Pour Prévisions Météo Belgique, nous avons eu l’occasion de rédiger un article sur le sujet également :

http://previsionsmeteobelgique.blogspot.be/2012/09/la-fonte-de-la-banquise-arctique-et-son.html

Aujourd’hui, je vous propose la traduction de cet article de cette page :

http://doc-snow.hubpages.com/hub/Sea-Ice-Loss-2012-What-Do-The-Records-Mean#slide7142736
Il digresse parfois sur des questions plus annexes, mais rappelle bien que l’impact de la perte de la banquise Arctique est global.
De même, les conséquences peuvent parfois amener localement des conditions plus froides, ce qui peut biaiser la perception du réchauffement climatique. Il est important de souligner que l’évolution du climat n’est pas et ne sera pas linéaire, elle se sera faite d’ajustements plus ou moins brutaux. De plus, l’effondrement de la banquise Arctique n’a pas été correctement anticipé, ce qui montre la vulnérabilité de notre environnement aux perturbations anthropiques.

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L’empire financier Goldman Sachs

Un billet rapide, pour poster cette vidéo. Elle ne restera malheureusement que quelques jours en ligne, donc n’attendez pas pour regarder 😉

Arte a diffusé Mardi soir un documentaire réalisé par Marc Roche et Jérôme Fritel. Il révèle les pratiques de Goldman Sachs, un véritable empire financier où la collusion avec le pouvoir public fait partie de son fond de commerce. Ce documentaire est intéressant pour donner un résumé général des pratiques de Goldman Sachs. Cependant, nous pouvons nous demander ce qu’il apporte sur le fond de la question. Que les banques aient des pratiques douteuses n’est pas nouveau 😀 Et si Goldman Sachs est sans doute dans le haut du classement de ce point de vue, elle n’est pas la seule. La véritable question serait plutôt : Comment avons-nous pu en arriver là ?

http://videos.arte.tv/fr/videos/goldman-sachs-la-banque-qui-dirige-le-monde–6894428.html

La technique sert l’Homme pour mieux l’asservir

Après le précédent billet, qui n’était guère réjouissant j’admets, une autre réflexion du jour, un peu plus optimiste, et plus brève aussi. Ce seront juste quelques éléments, sans grands développements.

 

Après mon moment d’inquiétude d’avant-hier, il est tout de même important de souligner qu’il nous reste du temps. L’effondrement des systèmes à même de mettre en péril notre civilisation ne se produira pas dans l’immédiat. Il reste en effet quelques décennies pour agir, avant de passer les points de non retour. Et passer un de ces points ne sera pas nécessairement une catastrophe. D’ailleurs, la banquise Arctique ou la production de pétrole ont déjà passer un point de non retour, et sont l’une comme l’autre en cours d’effondrement. Et surtout, tous ce que nous pouvons faire maintenant sera autant qui ne sera plus à faire.

 

Une petite vidéo donc pour se détendre.

Jérôme  Bonaldi est un journaliste français. Entre autres livres, il a écrit La vie (presque) sans pétrole qui décrit les implications dans notre quotidien du passage du pic pétrolier : http://www.evene.fr/livres/livre/jerome-bonaldi-la-vie-presque-sans-petrole-27762.php

 

“J’ai écris La vie (presque) sans pétrole parce que j’ai été assez frappé -ça m’intéresse depuis un bout de temps- j’avais lu beaucoup de bouquins, il en existe énormément, mais tous sont très, soit économique, soit scientifique, soit technique, peu, très peu, quasiment aucun, parle des conséquences concrètes pour la vie de tous les jours de monsieur et Madame tout le monde, c’est-à-dire vous et moi.”

 

Bon, nous pourrions discuter de la définition exacte à donner à la technique. Il est vrai que le mot « technique » est plus classiquement utilisé pour un savoir-faire industriel ou artisanal. En ce sens, technique et économie sont deux concepts distincts.

J’ai tendance personnellement à voir la technique comme l’ensemble de nos savoirs-faire, et donc d’inclure l’économie dans cette définition très vaste de la technique. Ainsi, la technique est séparé de nos savoirs, que sont les sciences.

Cette subtilité est finalement bien peu de choses à mon humble avis, le plus importante est de reconnaître que nous vivons dans un monde d’objets issus de l’activité humaine. Ainsi, l’argent aussi bien que le train sont des objets. Et sont censés être des moyens pour la vie active de l’Homme.

 

Bref, ceci dit, quasiment personne ne parle effectivement des conséquences concrètes pour la vie de tous les jours de la fin du pétrole, et encore moins nos hommes politiques. Et c’est bien ce qui me travaille.

Nous vivons une époque formidable, où la technique nous permet tant de choses, discuter avec un ami à l’autre bout du monde, voler au dessus des nuages, et bien plus encore. Chacun dans notre domaine de compétence, nous avons atteint un très grand niveau de connaissances. Le pic pétrolier n’est ainsi qu’une illustration de cet état de fait. Il existe quantités d’analyses très pertinentes sur nos problèmes actuelles, quantité de solutions proposées, mais très peu aborde le sujet « frontalement » en questionnant cette société. Rien que pour le pic pétrolier, nous pourrions nous enfoncer dans une discussion sur la possibilité que le charbon puis fusion nucléaire puisse suppléer le déclin du pétrole, puis de l’ensemble des carburants fossiles. Des myriades d’arguments pourraient être invoqué, mais au fond ce serait un débat vain je pense.

À mon avis, et c’est ce que je tente de faire à travers ce blog, nous devons penser notre avenir. Qui a déjà essayé d’imaginer sa vie sans pétrole ? Les conséquences dépassent sans doute même notre imagination, car elles vont au delà de l’impossibilité d’utiliser sa voiture.

Face à ce vide, un angoissant vertige peut bien nous saisir.

Nous serions bien démunis. Tout notre mode de vie serait impacté, en profondeur. Alors, nous pouvons réfléchir à une solution technique qui pourrait remplacer le pétrole. Ce serait le plus rassurant, tout pourrait continuer comme avant. Pour autant, je suis convaincu que la question est alors mal posé.

La technique est un moyen en soi, elle nous fournit un monde d’objet qui facilite notre vie humaine. La solution sera sans doute en partie dans de nouvelles technologies, à n’en pas douter. L’idée n’est absolument pas de remettre en cause nos savoirs-faire, de prôner une vie façon âge de pierre. Mais le risque est de voir la technique servir l’Homme, pour mieux l’asservir. Au fil du temps, l’Homme s’est enfermé dans une bulle technique, et qui est maintenant arrivé à la limite de l’éclatement. Et vouloir sauver cette bulle par encore plus de technique permettra peut-être de gagner un temps, mais au prix d’une bulle encore plus grande, encore plus vulnérable, encore plus ingérable.

En soi, cela ne constitue pas une preuve dans cette explication -cette discussion reste très loin d’ailleurs du paragraphe argumenté proprement d’ailleurs  😀 – mais ce que nous envisageons au final n’est qu’une fuite en avant technique. Et cette simple constatation devrait nous alerter, la fuite en avant étant rarement un processus très sain… Nous devrions apprendre à regarder de manière critique cette société, et ne pas se laisser imposer un cadre de réflexion tout fait.

Un camarade me faisait d’ailleurs remarquez qu’il n’avait ni le cœur ni la matière grise pour le faire. Là encore, le poids du cadre imposé par cette société est énorme. Ce serait d’ailleurs un sujet de discussion, un brin différent encore mais intéressant, de savoir pourquoi cette société est aussi figé dans sa course à la catastrophe. Le surprenant mélange, empreint d’une certaine résignation, de mimétisme et d’individualisme qui nous caractérise est sans doute pour beaucoup. Et encore, le camarade en question est jeune. Une fois établi(e), avec  son homme/sa femme, un garçon, une fille, un chat, un chien, sa maison, sa voiture, et son boulot, il est d’autant plus difficile de questionner cette société.

Le pire, je trouve, au fond, nous en avons plutôt conscience. Quand les grands de ce monde brassent de l’air plus efficacement qu’un ventilateur en parlant de la « croissance », nous ne sommes pas vraiment dupe. Ils ont beau causé, pas grand’chose ne change. Mais si les grands de ce monde continuent à parler de « croissance », et si nous, nous continuons malgré tout à les écouter, c’est parce-que personne au fond n’arrive à envisager ce monde sans croissance économique. La question première doit être celle de notre société, comment envisageons-nous notre lien avec les autres être humains, avec la technique, avec notre environnement ?

La solution ne sera donc pas seulement technique.

Alors, c’est facile de le dire, mais à la fin, elle sera quoi la solution ?Il est vrai que là, on cause, on cause, mais au fond c’est pour dire la même chose différemment. La catastrophe est crédible. Un autre avenir est possible. Cela n’implique pas de revenir au Moyen-Âge à pied. Bref, des grandes phrases galvaudées, mais concrètement j’essaierais de développer à l’occasion.

Je tenterais ainsi d’axer d’autres billets sur ce sujet à l’occasion, car en effet, nous allons bien devoir imaginer un nouvel avenir. Repenser la culture, cette vieille ruine qui se marchande maintenant comme (presque) n’importe quoi, serait un bon sujet par exemple. Repenser aussi à « comment faisions-nous avant ? », le avant en question n’étant pas plus vieux que 50 ou 100 ans parfois. Et surtout, surtout, reprendre la place publique pour pouvoir agir et parler pour cette société. Ce sera sans doute de la grande phrase bien plate, mais nous avons chacun notre pierre à apporter à l’édifice.

Voilà, je vous laisse pas tout-à-fait comme vous étiez venu, et j’espère un peu plus curieux de vous et de ce monde.

Effondrement et point de non retour

Je ne suis pas sûr de savoir pourquoi je souhaite dire cela 😀 mais je ne prends pas de plaisir à ce genre de discussion bien sombre. J’aurais bien voulu que cela se passe autrement, mais maintenant que j’y suis….

 

Digression sur la catastrophe

 

Nous sommes entré brutalement dans le temps des catastrophes.

Dans l’histoire de l’humanité, l’urgence n’a jamais été aussi absolue. Sans doute nous reste-il que quelques dizaines d’années tout au plus, avant que le risque d’une déstabilisation généralisée et sans retour de nos sociétés devienne réel.

Quand un système est soumis à une contrainte très forte, il répond généralement de manière graduelle, avant d’atteindre un point de non retour où il bascule irréversiblement dans un nouvel état. Ce point de rupture est souvent difficile à cerner, mais sa simple possibilité doit suffire à modifier radicalement notre conception d’une solution au problème. C’est un sujet qu’a d’ailleurs discuté avec beaucoup de pertinence J-P Dupuy : http://developpementdurable.revues.org/1317

Nous réfléchissons dans le cadre imposé par cette société. Et la catastrophe, le moment où nous atteignons le point de rupture et où le système dérape irrémédiablement ; la catastrophe donc, n’est pas crédible.

Comment croire en effet que cette civilisation pourrait ne pas passer ce siècle ? Voici une proposition choquante, s’il en est. À cela se mêle le problème que nous ne saurons où se trouve ce point de non retour qu’une fois celui-ci atteint. Prophétiser la catastrophe est donc une aventure bien amère.

L’objectif de ce blog est d’essayer de rendre cette possibilité d’une catastrophe crédible justement, et de proposer une réflexion la plus détachée possible de nos préjugés communs. Pour cela donc que j’ai commencé par insister sur la crise alimentaire en cours. Nous tiendrons bon cette fois, mais il y aura d’autres fois, pire encore. Les premiers signes d’une catastrophe sont là, et doivent nous faire réagir sans délai. Nous avons la chance de voir la catastrophe se former sous nos yeux alors qu’il nous reste un peu de temps pour agir. Ce laps de quelques dizaines d’années est notre espoir. Et tout ce que nous ferons maintenant nous éloignera d’autant de la catastrophe.

Ici, il convient de séparer deux catastrophes. Deux ruptures non absolument différentes mais en tout cas distinctes dont possible.

Nous avons ainsi le risque de l’effondrement de notre civilisation, dans le sens de ce monde d’objet que nous avons créer et au milieu du quel nous vivons. Ce que nous considérons comme acquis, notre démocratie ou notre technologie, sont en réalité vulnérable. Pour la première fois, la continuité de l’Histoire humaine en entier pourrait être brisé.

Et nous avons le risque d’un effondrement des écosystèmes. Cette fois-ci, c’est la continuité de l’Histoire géologique qui pourrait être brisé.

Ces deux problématiques ne sont pas absolument différentes, car en réalité l’Homme fait partie de l’écosystème Terre. Notre monde d’objet nous a relativement isolé de la Nature, mais nous faisons intrinsèquement partie de ce vaste écosystème. Cette illusion de la séparation entre la Nature et l’Homme est sans doute une erreur conceptuelle majeur. Elle vient plus d’une certaine conception anthropocentrique de notre Histoire que d’une quelconque réalité. Mais puisque cette séparation est faite, je me permets de la conserver. En effet, comme le disait un journaliste tristement célèbre :

« Et si la Terre s’en sortait toute seule ? »

Et j’ajouterais :

« Et si la Terre s’en sortait toute seule, en vert et contre tous ? »

Probablement que oui, mais là n’est pas la question au fond. Nous pouvons laisser la Terre retrouvait un équilibre seule, mais ce nouvel équilibre sera nécessairement au delà d’un point de non-retour. Ce qui implique de facto des catastrophes. Nous pouvons aussi admettre que nous voulons la suicide collectif dans une frénésie post moderne qui sied si bien à notre société, et laisser la Terre s’en remettre toute seule. Si chaque être humain sauf moi le voulait sincèrement, alors je me tairais. Cependant, l’humanité semble bien en peine de prendre conscience de son destin, et peu sans doute veulent de cet avenir. Les problèmes, la plupart du temps, nous les évitons jusqu’à ce qu’ils se résolvent d’eux-mêmes – et dans la douleur qui plus est…-. Mais cette fois-ci l’enjeu est à la démesure de la catastrophe.

La question serait plutôt :

Est-ce que nous pouvons nous en sortir, nous êtres humain ?

La réponse est déjà moins évidente. La difficulté, c’est que la solution n’est pas technique mais politique. Nous devons accepter que la catastrophe se profile à l’horizon, et accepter de changer profondément notre mode de vie.

 

Biosphère au bord du gouffre

 

Un article paru dans Nature récemment, en Juin 2012, montre que sous les écosystèmes de la Terre risquent de subir une évolution irréversible au cours de siècle :

http://www.nature.com/nature/journal/v486/n7401/full/nature11018.html

http://www.sfu.ca/sfunews/stories/2012/study-predicts-imminent-irreversible-planetary-collapse.html

http://grist.org/climate-energy/were-about-to-push-the-earth-over-the-brink-new-study-finds/

Et pour ceux qui sauraient comprendre 3 minutes d’anglais :

http://www.youtube.com/watch?v=QlU5-cixpZM&feature=player_embedded

Effondrement de la biosphère

La trajectoire de la ligne verte représente une bifurcation avec hysteresis. À chaque point dans le temps, le vert clair représente la fraction des terres de la planète qui sont probablement dans les limites de la dynamique caractéristiques du passé depuis 11.000 ans. Et le vert foncé représente la fraction des terres de la planète qui ont connue un changement d’état irréversible.

Malheureusement, l’article n’est pas librement disponible. Son originalité ne réside même pas dans sa conclusion, qui est déjà connue au fond. Elle réside plutôt dans la diversité des sources, et la méthode employée, qui renforce la robustesse de cette conclusion. Soyons clair, il ne s’agit à nouveau pas d’une fin du monde. La Terre a déjà connu quelques grandes catastrophes au cours de son histoire, et la Terre s’en sortira sans doute toute seule encore une fois. Le problème, c’est que l’Histoire de l’humanité s’est essentiellement écrite au cours des derniers millénaires, dans un environnement très spécifique et stable. Nous sommes membre de cette biosphère, et que nous ne serons pas épargnés au passage si un effondrement devait avoir lieu.

Pour le climat, nous savons aussi que nous approchons de seuil d’irréversibilité. Dans 15 ans, 20 ans tout au plus, le taux de CO2 dans l’atmosphère sera de 450 parties par million. Au delà de ce seuil, les conséquences adverses pour le climat se multiplieront. Là aussi, la difficulté est que le point de non retour est mal défini. La banquise Arctique par exemple a déjà passé le point de non retour. C’est la théorie du pendu, un plongeon suivi d’un arrêt rapide et de quelques convulsions. Actuellement, c’est le plongeon. Ainsi, ce n’est pas parce que nous allons au delà de 450 ppm de CO2 que la catastrophe est certaine, mais elle sera en tout cas de plus en plus probable.

 

Notre civilisation

 

Nous pouvons aussi nous regarder, nous en particulier, et le constat n’est guère plus réjouissant. Il est bon de souligner que la stabilité actuelle de l’Occident, son illusion de liberté et de démocratie, est finalement bien fragile. Cette illusion repose sur une bulle technique gigantesque, et qui pourrait bien éclater.

J-F Mouhot montre par exemple dans un livre que l’abolition de l’esclavage n’est au fond permise que par la révolution industrielle :

http://www.champ-vallon.com/Pages/Pages%20Environnement/Mouhot.html

L’Histoire nous rappelle incessamment que dans les périodes plus difficiles, des régimes autoritaires s’installent plus aisément.

En parallèle, notre société est très peu résiliente. Sans les grandes surfaces de proximité pour aller chercher sa pitance, les moyens de communications moderne pour créer un tissu social, nous sommes bien démuni. Notre vulnérabilité est au moins aussi critique que le risque qui menace. Et il reste très peu d’aînés, ceux qui ont vécu l’époque des tickets de rationnements, des stridentes sirènes  déchirant le silence de la nuit, et de tant d’autre choses.

Les facteurs qui concourent à déstabiliser cette société sont multiples.

La destruction très rapide de l’environnement génère déjà d’importantes pressions. Notre habitat, notre agriculture, est sensible à l’évolution du climat et des écosystèmes. Il s’agit cependant du même argument que précédemment, mais en tant que facteur externe.

Intrinsèquement, notre économie n’est pas tellement en meilleur état. Le principe fondamentale de cette dernière est la dette, l’argent-dette. Tout le modèle repose sur l’argent, sa circulation de plus en rapide, sur l’augmentation incessante de la masse monétaire. Et dans ce modèle, chacun a le droit et surtout le devoir de surconsommer pour continuer la surproduction de surproduits.

La production de biens et de services ne sert alors plus qu’à rembourser les dettes de l’instant précédent, et à justifier de nouvelles dettes encore plus gigantesques. Et encore, les biens sont durables par rapport aux services, alors nous devons recourir à l’obsolescence programmé pour que ne s’arrête jamais ce mouvement.

Ainsi, l’économie ne continue à tourner que si nous exploitons toujours plus les ressources de la Terre pour produire toujours plus ; et pouvoir continuer à donner de la valeur à de l’argent sans cesse créé. La croissance exponentielle de notre consommation ne peut alors que se heurter à la finitude de ce monde. Ainsi, la production de pétrole n’augmente pratiquement plus :

Production mondiale de pétrole

Production mondiale de pétrole en millions de barils par jour. Notons l’effet du deuxième choc pétrolier en 1980. Notons surtout le ralentissement de la hausse de la production en ce début de siècle. L’impossibilité d’extraire toujours plus de pétrole n’est pas étrangère à la survenue de la crise économique, particulièrement violente et persistante.
Source : http://www.eia.gov/countries/data.cfm#undefined

Le pic de pétrole n’est qu’un première étape. Nous pouvons rêver de revenir au charbon. Outre la destruction minutieuse de l’environnement que cela provoquerait ; il y aura de toute façon un pic du charbon durant ce siècle. Et un pic du gaz. Et un pic de l’or. Et…

L’idée de croissance est donc caduc. Il ne peut plus y avoir de croissance. Le présupposé fondamental qu’une croissance est indéfiniment possible dans un monde fini est inexact. Hors, sur ce présupposé repose en grande partie la construction de notre société. ..

Voilà, je vous laisse pas tout-à-fait comme vous étiez venu, et j’espère un peu plus curieux de vous et de ce monde.

How Mother Nature manages the thermodynamic

Pour reprendre sur le sujet évoqué précédemment, concernant la circulation atmosphérique fortement perturbé de l’Hémisphère Nord, je vous propose ici un développement un plus important. Cette hypothèse est à même de faire réagir, puisqu’elle implique également au passage que les hivers froids puissent être temporairement plus fréquent aux latitudes moyennes. V’là pas que nous allons affirmer que le chaud cause du froid…

Cette analyse porte également un intérêt plus théorique sur la manière de concevoir le réchauffement et son impact sur nos sociétés. Les « latitudes moyennes » correspondent à la localisation des grands centres de populations de l’hémisphère. Les conséquentes de ces perturbations influencent donc la perception que nous avons du réchauffement.

De plus, il est quelque peu question ces derniers temps, de la perte de la banquise Arctique. En effet, tous les records tombent, et montrant que la banquise n’a jamais atteint aussi faible extension depuis 1500 ans au moins :

 

L'aire de la Banquise

L’aire de la banquise au sens de l’Université de l’Illinois. Notons que 2012 a dors et déjà battu le record de 2011 et 2007, alors que la saison de fonte n’est pas fini.
Source : http://arctic.atmos.uiuc.edu/cryosphere/

 

Extension de la banquise, au sens du NSIDC. Remarquons là aussi que le record de 2007 est dors et déjà battu, et que la fonte n’est pas fini.
Source : http://nsidc.org/arcticseaicenews/

 

Pour la banquise en elle même, sa disparition est bien plus rapide que prévue. En effet, le seuil de l’Arctique « libre », défini par une extension de la banquise inférieure à un million de kilomètre carré, devrait être atteint entre 2020 et 2030, possiblement plus tôt même. C’est-à-dire dans 10 ans. Les modèles ne prévoyaient pas cela avant 2100. C’est intéressant, car cela montre que l’effondrement d’un système physique est difficilement anticipable.

L’Arctique est ainsi une région particulièrement sensible. La banquise est entré dans une « spirale de la mort »,  une boucle de rétroaction positive de laquelle la banquise ne peut plus s’extraire et qui la conduit a sa perte. Chaque année affaiblit un peu plus la banquise, ce qui l’a rendu plus vulnérable l’année suivante, et ainsi jusqu’à sa disparition complète.

De plus,  il existe un phénomène dit « amplification arctique ». Le réchauffement climatique est plus rapide pour le bassin Arctique que pour les Tropiques. En effet, la banquise a un rôle essentiel dans le système climatique. De par son albédo très élevé, elle réfléchit la lumière solaire et empêche l’énergie de pénétrer l’Océan Arctique. Ainsi, le bassin Arctique reste en permanence froid. Si la banquise se met à fondre, plus d’énergie pourra pénétrer le bassin, et cela amplifie localement le réchauffement.

 

Classiquement, dans le climat tel qu’il a toujours existé au XXème siècle, le contraste de température entre le Pôle Nord, froid ; et l’équateur, chaud ; provoque la formation d’un tube de vent fort, le courant-jet. Il s’agit d’une zone dans la haute atmosphère, où l’air se déplace entre 100 et 300 kilomètres par heure. Ce courant-jet a ainsi un rôle essentiel dans le système climatique :

Vent moyen à 500 hPa

Cette carte issue de la réanalyse NCEP/NCAR présente le vecteur vent moyen à 500 hPa (environ 5500 mètres d’altitude). On note une ceinture de vent fort au dessus des latitudes moyennes.
Source : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml

Z500 moyen

Cette carte issue de la réanalyse NCEP/NCAR présente la hauteur du géopotentiel 500 hPa, c’est-à-dire la hauteur à laquelle se trouve le niveau de pression 500 hPa (pour mémoire en surface c’est de l’ordre de 1000 hPa). Elle permet de rendre plus visuel les phénomènes en jeu.
Source : http://www.esrl.noaa.gov/psd/data/reanalysis/reanalysis.shtml

 

Le courant-jet sépare l’air Arctique froid, de l’air chaud tropical, et garantit aux latitudes moyennes un climat plutôt modéré. Le courant-jet n’a jamais été figé, et a toujours varié naturellement, sur différentes échelles de temps. Cependant, avec le réchauffement climatique, son évolution sort du cadre de la variabilité naturelle et commence à avoir un impact sensible sur la circulation atmosphérique de l’Hémisphère Nord. À cause du phénomène d »amplification arctique, la réduction du gradient de température entre le Nord et le Sud affaibli le courant-jet. Celui-ci se déporte plus vers le Nord, mais aussi méandre et ralentit.

Cette perturbation du courant-jet est responsable de la plus grandes fréquences des blocages ces dernières années. Cela peut causer alors des périodes hivernales froides, comme en Décembre 2010, ou Février 2012. Notons cependant qu’il s’agit d’une redistribution de l’énergie dans l’espace, et qui peut se faire même dans un contexte de réchauffement climatique. Le froid descendu aux latitudes moyennes n’a jamais été compensé par les bouffées chaudes en direction du Pôle Nord, et en moyenne cela reste donc anormalement chaud pour le globe.

Les cartes des mois cités sont présentés ci-dessous. Pour mesurer l’ampleur du déséquilibre entre les flux d’air chaud et d’air froid, notons qu’en Décembre 2010, des records d’Été ont été battu pour l’archipel Canadien.

2010 Dec Z500

Hauteur du géopotentiel 500 hPa en Décembre 2010.

 

Fev 2012 Z500

La même, mais pour Février 2012.

 

Nous remarquons bien la tendance à avoir une circulation qui méandre plus. Pour l’atmosphère, face à un déséquilibre énergétique important, c’est un moyen de redistribuer l’énergie et de stabiliser relativement la situation. Cependant, le déséquilibre énergétique risquant de continuer à s’amplifier, cette stabilité (toute relative par rapport au climat du XXème siècle d’ailleurs…) risque de ne pas durer non plus.

Pour ceux qui sauraient supporter un peu d’anglais :

http://neven1.typepad.com/blog/2012/08/wasislac.html

http://www.wunderground.com/blog/JeffMasters/comment.html?entrynum=2010

http://classic.wunderground.com/blog/JeffMasters/comment.html?entrynum=2065

http://thinkprogress.org/climate/2012/08/22/727501/arctic-death-spiral-how-it-favors-extreme-prolonged-weather-events-such-as-drought-flooding-cold-spells-and-heat-waves/

http://www.youtube.com/watch?feature=player_embedded&v=4spEuh8vswE#!

 

Et donc, cette année ?  Et bien, comme dit la banquise a fondu comme jamais auparavant, et l’Océan Arctique a de nouveau fortement accumulé de l’énergie :

 

Anomalies des SSTs arctique

L’Océan Arctique, avec des anomalies largement supérieur à 5°C (parfois 8 à 10°C côté canadien). C’est cela, l’amplification arctique…
Source : http://ocean.dmi.dk/arctic/satellite/index.uk.php

 

SSTs de l'Arctique

Température de l’Océan Arctique. Cela monte jusqu’à 12° ou 14°C du côté canadien…

 

Le même effet d’une circulation qui ralentit et méandre se retrouve alors en ce mois de Juin :

https://apocalypsecatharsistique.wordpress.com/2012/08/01/le-siecle-de-la-faim/

 

Cela a valu un été de tous les extrêmes aux États-Unis : http://thinkprogress.org/climate/2012/08/27/746441/scenes-from-an-extreme-summer-weve-never-seen-anything-like-this-before/

avec une sécheresse extrême qui se poursuit :

 

Drought Index US

L’ampleur de la sécheresse aux États-Unis. Le cœur agricole du pays est particulièrement touché.
Source : http://droughtmonitor.unl.edu/

 

alors que l’Europe de l’Ouest prenait une rincée.

 

La fonte de la banquise arctique est donc un problème qui impacte directement et sans concession notre vie quotidienne. Il ne s’agit pas seulement d’un effet lointain et sans intérêt…
Pour l’anecdote, au début de l’Automne météorologique, l’atmosphère continue à réagir fortement. Une anomalie de température très marquée se maintient au dessus de l’Arctique :

NAEFS T850 anomalies

Les anomalies de températures à 850 hPa (environ 1500 mètres d’altitudes). La dominance d’une bulle chaude au dessus de l’Arctique est la suite logique des phénomènes évoqués précédemment.

Ces énormes anomalies positives signent bien les effets de la perte de la banquise et de l’accumulation d’énergie dans le bassin Arctique. Cela affaiblit le courant-jet, qui méandre plus, et c’est la circulation atmosphérique de l’HN qui devient folle :

 

GFS Jet Stream

Le courant-jet à 12 000 mètres d’altitude environ.

Il apparaît a une tentative de séparer le courant jet en deux branches, une branche Arctique, autour de 80° de latitude Nord (pour un début Septembre, c’est aberrant point de vue climatique) et une branche plus méridionale qui se cherche. Il apparaît donc clairement une tentative de faire remonter la zone subtropicale loin vers le Nord, ce qui annonce, au moins pour le mois de Septembre, un temps plutôt estivale en Europe de l’Ouest. Cela montre bien cependant à quel point le climat est en train de « déraillé » au sens propre du terme.

Une poursuite du temps estival en Septembre, n’est sans doute pas pour être déplaisant, et cela n’aura sans doute aucun impact concret sur notre vie quotidienne (si ce n’est la prolongation des soirées barbecues…). Cependant, c’est le climat qui est progressivement en train de changer, et cela peut rapidement prendre une tournure catastrophique comme aux États-Unis cet été.

Ce qui est également inquiétant est l’année 2013. Entre l’Arctique qui est moribond, l’El Nino, certes faible mais qui se met en place, -et qui est réputé pour secouer le climat…-, et la reprise de l’activité solaire, cela risque de continuer. Outre l’impact direct comme la surmortalité enregistrée lors d’une vague de chaleur ; de nouvelles difficultés climatiques pourraient frapper un grand pays producteur de l’HN. Et un peu plus de gens dans le monde serait réduit à la sous nutrition. Les prix des matières premières agricoles atteignant déjà des niveaux insoutenables pour les pays les plus pauvres…

L’inquiétude est d’ailleurs toujours présente de voir certains pays déstabilisés par la hausse des prix de l’alimentation :

http://www.aljazeera.com/indepth/features/2012/08/20128218556871733.html

Voilà, je vous laisse pas tout-à-fait comme vous étiez venu, et j’espère un peu plus curieux de vous et de ce monde.